En Pays de la Loire, l'offre de soins de premier recours est confrontée à une tension durable. En 2024, la région comptait 3,88 millions d'habitants selon les données de recensement, tandis que les effectifs de médecins généralistes libéraux apparaissent globalement quasi stables, avec environ 2 880 médecins généralistes. Cela signifie que la difficulté ne résulte pas d'une baisse brute du nombre de médecins généralistes, mais d'un écart croissant entre une population qui augmente et un temps médical disponible qui ne progresse pas au même rythme.
Cette tension se traduit par une dégradation de l'accessibilité réelle. L'accessibilité potentielle localisée aux médecins généralistes a diminué de 4 % entre 2016 et 2024 dans la région. Les délais d'obtention d'un rendez-vous s'allongent, l'accès à un médecin traitant devient plus difficile et 10,6 % de la population était sans médecin traitant en 2025. À cela s'ajoute le vieillissement des professionnels : un médecin généraliste sur quatre est âgé de 60 ans ou plus, ce qui annonce des départs à la retraite importants dans les prochaines années.
Dans le même temps, les besoins de santé augmentent sous l'effet de la croissance démographique, du vieillissement de la population et de la progression des maladies chroniques. L'enjeu n'est donc pas seulement de maintenir un nombre de professionnels, mais d'organiser différemment l'offre, de mieux répartir les ressources disponibles et de soutenir des formes d'exercice plus attractives et plus efficaces.
Le déploiement du réseau France Santé constitue une évolution importante de l'offre de proximité. Il vise à rendre l'offre de soins plus lisible, à renforcer l'accès aux soins et à garantir, à terme, une réponse de santé à moins de trente minutes du domicile pour chaque habitant. En Pays de la Loire, ce déploiement est conduit sous le pilotage conjoint du préfet, de l'ARS et des conseils départementaux, en lien avec l'Assurance maladie et les élus locaux.
Les structures susceptibles d'être labellisées sont diverses. Il peut s'agir de maisons de santé pluriprofessionnelles, de centres de santé pluriprofessionnels, de cabinets médicaux de groupe, d'hôpitaux de proximité, de dispositifs mobiles ou avancés comme les médicobus ou les consultations solidaires, et, dans certaines zones fragiles, d'officines de pharmacie permettant l'accès à un médecin par téléconsultation.
La labellisation repose sur une offre de services socle. La structure doit notamment s'appuyer sur la présence d'un médecin généraliste avec une patientèle de médecin traitant constituée ou en cours de constitution, garantir la présence d'un infirmier au sein de la structure ou à proximité, être ouverte au moins cinq jours par semaine, appliquer les tarifs opposables sans dépassement d'honoraires, proposer un rendez-vous dans les quarante-huit heures lorsque l'état de santé du patient le nécessite ou orienter vers une structure capable de le faire, et participer à la permanence des soins ambulatoires ou au service d’accès aux soins (SAS).
En région Pays de la Loire, l'objectif fixé pour la première vague de 2025 était de labelliser 75 structures (atteints : 69), soit en moyenne quinze par département. L’objectif pour 2027 est d’atteindre les 275 structures intégrant le dispositif. Cette montée en charge s'accompagne d'un travail fin de cartographie et de maillage territorial afin d'identifier les zones qui restent à plus de trente minutes d'une structure labellisée.
La réforme du 3ᵉ cycle des études de médecine générale introduit une 4ᵉ année, dite phase de consolidation, marquée par l’exercice en autonomie supervisée sous statut de docteur junior. Déjà en vigueur dans les autres spécialités, cette évolution constitue une avancée majeure pour la médecine générale, en renforçant la professionnalisation des futurs médecins tout en les immergeant durablement dans les territoires.
En Pays de la Loire, cette réforme porte une ambition forte : améliorer l’accès aux soins, en particulier dans les zones les plus en tension, tout en favorisant l’installation des jeunes médecins dans la continuité de leur formation. Les stages, réalisés principalement en ambulatoire et en médecine de ville, s’appuient sur l’engagement des praticiens agréés maîtres de stage universitaires (PAMSU), acteurs clés du dispositif.
Engagé depuis 2025, le déploiement opérationnel mobilise l’ensemble des partenaires – État, ARS, universités, collectivités et professionnels de santé – dans une logique de concertation étroite. À ce stade, près de 200 docteurs juniors sont attendus à compter de novembre 2026, avec un objectif global de terrains de stage désormais atteint à l’échelle régionale, bien que quelques ajustements territoriaux soient encore nécessaires, notamment pour être en phase avec les effectifs précis de docteurs juniors accueillis.
La dynamique territoriale est globalement positive, avec une mobilisation particulièrement forte dans les départements les plus en tension. Le nombre de maîtres de stage agréés permet d’envisager un encadrement de qualité, reposant souvent sur des organisations collectives associant plusieurs professionnels autour d’un même docteur junior.
Les travaux se poursuivent activement pour consolider les conditions d’accueil, finaliser les agréments et accompagner les territoires dans la formalisation de leurs projets. Chaque terrain de stage fait l’objet d’une fiche descriptive détaillée afin de sécuriser l’ensemble des dimensions de l’accueil et de l’accompagnement des docteurs juniors.
Les prochaines échéances, d’ici l’été 2026, permettront d’arrêter définitivement la répartition des postes et d’ouvrir les terrains de stage, avant la phase d’appariement des étudiants à la rentrée. Cette étape sera déterminante pour assurer l’adéquation entre les attentes des futurs médecins et les besoins des territoires.
Enfin, ce dispositif s’inscrit en cohérence avec les autres politiques publiques en faveur de l’accès aux soins, notamment le développement des exercices coordonnés et le renforcement des structures d’exercice collectif. Il contribue ainsi à conforter l’attractivité des territoires et à soutenir les dynamiques locales de santé.
Ce projet, conduit sous l’égide du préfet de région et du directeur général de l’ARS, constitue une opportunité concrète pour renforcer durablement l’offre de soins de proximité et répondre aux besoins des habitants sur l’ensemble du territoire ligérien.
Le développement de l'exercice coordonné constitue l'un des principaux leviers de réponse à ces tensions. Il permet de mieux organiser les parcours, de partager les prises en charge, de renforcer l'attractivité des territoires et d'offrir aux professionnels des conditions d'exercice plus collectives et plus sécurisantes. En Pays de la Loire, cette dynamique est déjà bien engagée.
Les maisons de santé pluriprofessionnelles, ou MSP, rassemblent des professionnels de santé qui exercent autour d'un projet de santé commun. Elles permettent d'organiser la coordination quotidienne, d'améliorer l'accès aux soins non programmés, de suivre plus efficacement les patients atteints de maladies chroniques et de rendre les territoires plus attractifs pour de nouvelles installations. La région compte 147 MSP en fonctionnement.
Les centres de santé pluriprofessionnels (CSP) appartiennent également au champ de l'exercice coordonné. Ils se distinguent par le salariat des professionnels et par un fonctionnement structuré autour d'une équipe pluriprofessionnelle. Au 1er décembre 2025, 21 centres de santé pluriprofessionnels étaient ouverts en Pays de la Loire et 5 nouveaux centres étaient enregistrés sans être encore ouverts. Plusieurs difficultés récurrentes sont à souligner, notamment le recrutement du premier médecin salarié, la fidélisation des infirmiers et la fragilisation du modèle économique.
Les équipes de soins primaires coordonnées localement autour du patient (ESP CLAP) constituent une spécificité régionale. Il s'agit d'équipes de soins primaires organisées de manière plus souple, souvent sans regroupement immobilier complet, mais engagées dans une logique de coordination. La région compte 90 ESP CLAP déployées, dont 32 disposent d'au moins quatre médecins et sont engagées dans une trajectoire vers le modèle MSP. Huit ESP CLAP ont d'ailleurs évolué vers une MSP sur la période 2024-2025.
Les communautés professionnelles territoriales de santé, ou CPTS, interviennent à une autre échelle, celle d'un territoire de vie dont elles ont la responsabilité populationnelle. Leur rôle ne se limite pas à améliorer l'accès à un médecin. Elles ont vocation à organiser les parcours entre professionnels et structures, à faciliter l'accès aux soins non programmés, à accompagner les professionnels de santé dans la mise en œuvre de nouvelles organisations, à construire une vision partagée du parcours de soins, à soutenir la coordination entre acteurs de ville, hôpital et médico-social, ainsi qu'à développer des démarches de qualité et de pertinence des soins. Elles ont un rôle moteur dans la communication continue, la sécurisation des pratiques, la diffusion de formations et la remontée d'indicateurs permettant de suivre les dispositifs innovants.
La région Pays de la Loire compte 42 CPTS constituées, représentant une couverture territoriale de 84,8 %. La Mayenne et la Vendée sont entièrement couvertes. Il subsiste encore quelques zones non couvertes, notamment trois communes en Loire-Atlantique, tandis que certains territoires rencontrent des difficultés spécifiques, par exemple en raison du vieillissement médical ou d'oppositions locales au modèle CPTS. L'ARS, avec l'Assurance maladie et les Unions régionales de professionnels de santé (URPS), travaillent à lever ces blocages et à consolider le maillage.
La révision du zonage médecins, conduite tout au long de l’année 2025 et achevée en décembre pour une application en janvier 2026, avait pour objectif de mieux cibler les aides à l’installation et au maintien des médecins dans les territoires confrontés à des difficultés d’accès aux soins. Le nouveau zonage a été construit à partir de quatre critères principaux : l’accessibilité potentielle localisée (APL), la continuité avec le zonage 2023, la prise en compte des vulnérabilités territoriales et l’intégration renforcée des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Il a fait l’objet d’une large concertation avec les préfectures, les élus locaux, les représentants des professionnels de santé et les instances de démocratie sanitaire, qui ont toutes rendu un avis favorable.
Cette révision se traduit par une augmentation significative des territoires classés en Zones d’Intervention Prioritaires (ZIP), permettant à davantage de médecins et de collectivités de bénéficier des dispositifs incitatifs prévus par la convention médicale et les politiques publiques.
À l’échelle régionale, la part de population située en ZIP passe de 27,6 % à 36,7 %, avec une progression dans les cinq départements et un renforcement marqué de la prise en compte des quartiers urbains fragiles. L’objectif a été de concentrer davantage les moyens sur les territoires les plus exposés à la désertification médicale tout en préservant la cohérence et la stabilité du zonage précédent
.Consultez l'arrêté et carte du zonage sur le PAPS : Où m’installer ? | Portail d'accompagnement des professionnels de santé Pays de la Loire
Les médicobus relèvent d'une logique d'aller vers ", particulièrement utile dans les territoires où l'offre de soins est insuffisante ou difficilement accessible. Ils permettent d'apporter une réponse mobile, au plus près des habitants, en complément des structures fixes et non en substitution systématique de celles-ci. Ils peuvent ainsi contribuer à réduire les renoncements aux soins et à rétablir une présence médicale ou paramédicale dans des communes éloignées des principaux pôles de santé.
En Pays de la Loire, deux médicobus sont déployés en Sarthe. Le premier, ouvert en 2024 et porté par le Conseil départemental de la Sarthe, couvre les communes de Saint-Calais, Bonnétable, Fresnay-sur-Sarthe, Mansigné et Tennie. Au 31 août 2025, il avait accueilli 1 482 patients, dont 48 % de nouveaux patients. Un second dispositif a démarré le 17 novembre 2025, porté par une association déjà gestionnaire d'un centre de santé pluriprofessionnel en Loire-Atlantique, en lien avec le Conseil régional.
Un projet interrégional associant médecins et chirurgiens-dentistes sur le secteur Redon - Avessac – Fégréac est en cours. La mise en place de médicobus soulève plusieurs questions très concrètes, relatives au portage juridique, au recrutement des professionnels, aux modalités de rémunération et, parfois, à l'acceptation par certains conseils de l'Ordre. L'ARS intervient ici comme facilitateur, financeur et coordonnateur.





