Recrudescence de cas de coqueluche : informations aux professionnels de santé

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Professionnels de santé : retrouvez dans cette page l’ensemble des informations sur l'augmentation de cas de coqueluche que connait actuellement la France.

En France, l’incidence de la coqueluche a diminué de manière significative après l’introduction du vaccin dans les années 1960. Cependant, une résurgence de la maladie est observée depuis les années 1990, en partie attribuée au changement d’utilisation des vaccins « à germes entiers » au profit de la généralisation des vaccins acellulaires (mieux tolérés).

La coqueluche ne fait pas partie des maladies à déclaration obligatoire et n’est donc pas soumise à déclaration systématique. Trois dispositifs de surveillance existent en France : le réseau RENACOQ (réseau hospitalier de surveillance de la coqueluche), le réseau Sentinelles (réseau de recherche et de veille en soins de premier recours, médecine générale et pédiatrie, en France métropolitaine) et le Centre National de Référence de la coqueluche et autre Bordetelles.

Les épidémies de coqueluche ont tendance à se manifester périodiquement (pics épidémiques en 1997, 2000, 2005, 2009, 2012/2013, 2017/2018, 2024).

Informations épidémiologiques accessibles sur le site de Santé publique France.

Agent infectieux et réservoir

Les bactéries du genre Bordetella sont des coccobaciles Gram négatif, pléomorphes et aérobies. Il existe 16 espèces, dont 4 sont connues pour causer des maladies respiratoires humaines :

  1. Bordetella pertussis : à l’origine de 86 à 95% des cas de coqueluche ; réservoir uniquement humain ;
  2. Bordetella parapertussis : responsable de 2 à 3% des cas, sous forme mineure du tableau ; réservoir ovin et humain ;
  3. Bordetella bronchiseptica : responsable d’infections opportunistes ;
  4. Bordetella homesii : responsable de 0 à 2% des cas.

Transmission

Directe à partir des sécrétions respiratoires (transmission par gouttelettes émises lors de la toux en particulier).

Contagiosité de la maladie

Maximale pendant la phase catarrhale puis diminution avec le temps. Elle peut être considérée comme nulle après 3 semaines d’évolution sans traitement antibiotique ou après 3 à 5 jours selon l’antibiotique choisi.

Période d’incubation

Dix jours (extrêmes 7 à 21 jours).

Caractéristique de la maladie

  1. Déroulement de la maladie : débute pendant les 4 à 6 premiers jours par des signes discrets d’infection des voies respiratoires supérieures : rhinite, toux légère. Puis la toux persiste, et se modifie au lieu de s’améliorer comme c’est généralement le cas pour une rhinopharyngite banale. La fièvre est en général discrète ou absente.
  2. Toux persistante au-delà de 7 jours et son aggravation font évoquer le diagnostic d’autant plus qu’elle devient caractéristique (spasmodique en particulier nocturne, survenant de façon paroxystique). Souvent quinteuse : accès violents et répétés de toux, sans reprise inspiratoire efficace. Ces  accès peuvent parfois provoquer une turgescence du visage, une rougeur conjonctivale, des vomissements, une cyanose et une reprise inspiratoire en fin de quinte, sonore et comparable au chant du coq (peuvent être absents chez les nourrissons, les adultes et les personnes anciennement vaccinées).

Examens biologiques

Prélèvement par aspiration ou écouvillonnage nasopharyngé.

  • La culture est la technique microbiologique de référence. Elle ne doit pas être réalisée si la toux persiste depuis plus de 15 jours.
  • Le test PCR coqueluche constitue la technique diagnostique à utiliser en pratique courante (voir encart « Indication des tests PCR »).
  • Les tests PCR multiplex ne doivent pas être utilisés en première intention.
  • La sérologie ne doit plus être utilisée pour le diagnostic de routine.

Si la toux dure depuis plus de 21 jours, le diagnostic est clinique (examens biologiques inutiles).

Traitement du cas

Eviction de 5 jours (3 si traitement par Azithromycine), ou 21 jours en l’absence de traitement.

Traitement antibiotique : dans le cadre de l’épidémie actuelle, la HAS a mis à jour ses recommandations de bonnes pratiques le 20 juin 2024.

En savoir plus sur le site de la Haute Autorité de Santé : Choix et durées d’antibiothérapies : coqueluche chez le nourrisson, l’enfant et l’adulte

Le diagnostic de la coqueluche est avant tout clinique et épidémiologique.

Il n’est pas nécessaire de confirmer biologiquement tous les cas de coqueluche, notamment en période de circulation active de la bactérie, pour mettre en place les mesures de gestion autour des cas (antibioprophylaxie, rattrapage vaccinal, éviction, mesures barrières, etc.).

Une confirmation biologique est indiquée dans les cas suivants (si la toux dure depuis moins de 21 jours) :

  • Nouveaux nés et jeunes enfants non ou incomplètement vacciné : tout épisode de toux quinteuse ou associée à des apnées, quelle que soit sa durée
  • Enfants, adolescents et adultes vaccinés depuis plus de 3 ans : toux de plus de 7 jours sans cause évidente
  • Enfants, adolescents, adultes vaccinés depuis moins de 3 ans : toux de plus de 7 jours sans autre cause évidente et contact avec un cas confirmé de coqueluche (= échec vaccinal)Cette indication n’est cependant pas remboursée par l’Assurance Maladie.

Cluster dans une collectivité d’enfants ou un ESMS : seuls les premiers cas et les personnes à risque de forme grave de coqueluche ou de décompenser une pathologie sous-jacente (nourrissons non protégés par la vaccination, personnes souffrant de pathologie respiratoire chronique, personnes immunodéprimées, femmes enceintes) nécessitent une confirmation biologique.

Remboursement des tests PCR : la PCR n’est remboursée que si le sujet est vacciné depuis plus de trois ans ou en cas de statut vaccinal inconnu ET si la toux dure depuis moins de trois semaines.

Dans les situations particulières (familles en situation de précarité), les frais peuvent être pris en charge par l’ARS (si elle est à l’origine de la demande).

La coqueluche n’est pas une maladie à déclaration obligatoire.

Dans le contexte épidémique actuel, sont à déclarer sans délai à l’ARS les cas groupés de coqueluche en collectivités sensibles (collectivités de jeunes enfants, EHPAD, clusters nosocomiaux) 

Plateforme régionale de Veille et Sécurité Sanitaire :

Suite à votre signalement, un agent de la Cellule de Veille et d’Alerte (CVA) de l’ARS vous contactera pour un appui aux mesures de gestion autour des cas.

En cas de coqueluche avec un schéma vaccinal respecté, et une dernière dose datant de moins de 3 ans, il est recommandé d’effectuer une déclaration de pharmacovigilance sur le portail de signalement : https://signalement.social-sante.gouv.fr/espace-declaration/guidage?profil=PROFESSIONNEL_SANTE

Population contact :

Toute personne en contact avec le cas pendant la phase contagieuse 3 semaines après le début de ses signes ou 5 jours après le début du traitement par un antibiotique adapté (ou 3 jours après le début de l’antibiothérapie si le malade est traité avec l’Azithromycine).

Selon le type de contact, la conduite à tenir diffère :

Contacts proches :

  • Personnes vivant sous le même toit (famille, chambrée d’internat…) ;
  • Flirt ;
  • Tous les enfants et personnels de la section en crèche et halte-garderie, de la ou des classes en écoles maternelles (selon l’organisation de l’établissement) ;
  • Tous les enfants et personnes exposés au domicile des assistantes maternelles et des crèches familiales.

Contacts occasionnels :

Les contacts occasionnels sont les autres sujets ayant eu un contact face à face à moins de 1 mètre ou pendant plus d’une heure avec le cas :

  • En milieu scolaire (primaire et secondaire), enfants et adultes partageant la même classe ;
  • En milieu professionnel, personnes partageant le même bureau ou travaillant dans la même équipe ;
  • Amis et personnes partageant plusieurs fois par semaine les mêmes activités ;
  • En établissement de santé et Ehpad :
    • Toutes les personnes ayant reçu des soins d’un membre du personnel atteint, ainsi que ses collègues ayant des contacts face à face ou prolongés avec lui ;
    • Tous les personnels de soin et tous les patients exposés à un patient ayant la coqueluche pendant sa phase contagieuse.

Personnes à risque :

Les personnes à risque sont les personnes susceptibles de faire des formes graves de coqueluche ou de décompenser une pathologie sous-jacente :

  • Nourrissons non protégés par la vaccination ;
  • Personnes souffrant de pathologie respiratoire chronique (asthme, broncho-pneumopathies chroniques obstructives…) ;
  • Personnes immunodéprimées ;
  • Femmes enceintes ;
  • En contact avec ces sujets fragiles : parents ou fratrie de nourrissons non vaccinés, personnels de santé…

Personnes protégées par la vaccination contre la coqueluche en cas de contage :

  • Nourrissons de moins de 11 mois ayant reçu 2 doses de vaccin ;
  • Enfants de plus 11 mois ayant reçu 3 doses de vaccin et dont la dernière dose a été effectuée il y a moins de 5 ans ;
  • Adolescents de plus de 16 ans et adultes ayant reçu une dose de vaccin il y a moins de 5 ans, quel que soit le nombre de doses antérieures.

Gestion des contacts :

L’éviction d’une collectivité est souhaitable pour les cas suspects ou confirmés. Les contacts familiaux symptomatiques (toux) sont en éviction tant qu’ils n’auront pas été traités par 3 ou 5 jours d’antibiotiques. L’éviction peut s’étendre jusqu’à 3 semaines après le début de la toux si le patient ne reçoit aucun traitement antibiotique efficace.

L’antibioprophylaxie suit les mêmes recommandations que le traitement du cas. Le cas échéant l’antibioprophylaxie doit être administrée le plus tôt possible après le contage et, au maximum, 21 jours après le dernier contact avec un cas index en période de contagiosité.

En cas de symptômes rhino-pharyngés, et a fortiori chez les sujets contacts d’un cas de coqueluche le port du masque et le respect des gestes barrière restent recommandés. 

Dans le contexte actuel de circulation active de la bactérie, la vaccination des femmes enceintes contre la coqueluche, recommandée depuis avril 2022, est à promouvoir d’urgence.

L'objectif de la vaccination contre la coqueluche est de réduire le risque de coqueluche grave chez les nourrissons qui sont trop jeunes pour être protégés par leur propre vaccination. Elle repose sur trois stratégies complémentaires :

  • La primovaccination précoce contre la coqueluche de tous les nourrissons dès l’âge de 2 mois et l’administration de rappels jusqu’à l’âge adulte ;
  • La vaccination de la femme enceinte dès le second trimestre de grossesse pour protéger le nouveau-né et le nourrisson par transfert actif transplacentaire d’anticorps maternels ;
  • La stratégie du cocooning, à savoir la vaccination de l’entourage du nourrisson au plus tard à sa naissance (mère après l’accouchement, père, fratrie, grands-parents …) si la femme n’a pas été vaccinée au cours de la grossesse.

Coqueluche : schéma vaccinal

Nourrissons et enfants (Jusqu’à 13 ans) :

  • Primovaccination obligatoire à l’âge de 2 mois, 4 mois et premier rappel à 11 mois (3 doses) ;
  • Rappels suivants à 6 ans et entre 11 et 13 ans.

Adultes :

  • Rappel à 25 ans : 1 dose de vaccin combiné contenant le vaccin contre la coqueluche (sauf en cas de vaccination contre la coqueluche qui date de moins de 5 ans). Si ce rappel n’a pas été effectué à 25 ans, un rattrapage est possible entre 26 et 39 ans.
  • Rappel pour les femmes à chaque grossesse (entre 20 et 36 SA), quel que soit l'âge de la mère ;
  • Rappels dans le cadre de la stratégie du cocooning, à faire au cas par cas (personnes de l’entourage proche du nourrisson au cours de ses six premiers mois de vie, lorsque la mère n’a pas été vaccinée pendant la grossesse, ou a été vaccinée moins d’un mois avant l’accouchement) ;
  • Rappel à l’âge de 45 et 65 ans en contexte professionnel :
  • personnels soignants en contact avec des nourrissons de moins de 6 mois (travaillant dans des maternités, des services de néonatologie et de pédiatrie) concernés en priorité ;
  • personnels soignants, y compris dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ;
  • personnels de la petite enfance dont les assistantes maternelles et les personnes effectuant régulièrement du baby-sitting ;
  • étudiants des filières médicales et paramédicales.

Pour plus d’informations : Vaccination info service.fr

Dans le cadre du contexte épidémique actuel, les professionnels de la petite enfance (écoles, crèches, MAM, centres de loisirs) ont reçu une information de l’ARS les incitant à anticiper le rappel vaccinal si celui-ci date de plus de 5 ans, l’efficacité du vaccin diminuant après ce délai.