COVID-19 : la chronique du Dr Pierre Blaise au 26 novembre

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Cela fait quatre semaines que nous sommes à nouveau confinés. Enjeu : freiner l’épidémie en croissante exponentielle, avant qu’elle échappe à tout contrôle.

Corps de texte

*Les analyses présentées dans cette chronique régulière s’appuient sur le travail multidisciplinaire quotidien de toute une équipe au sein de l’ARS sans laquelle cette chronique ne pourrait exister.

Des mesures de confinement contraignantes, étendues, et contrôlées ont été décidées et mises en œuvre à compter du 29 novembre. Pour réduire le plus possible les situations d’interactions physiques propices à la propagation du virus. Elles sont en train de produire leur effet. Probablement même plus tôt et plus intensément que cela n’était escompté.

En effet le reconfinement apparait à tout le monde beaucoup plus ‘light’ qu’en mars.

Ce qui ne veut pas dire qu’il soit mieux supporté ni accepté.

Le taux d’incidence et le taux de positivité des tests, ont franchi le sommet de la vague, et descendent rapidement.

Le nombre de personnes hospitalisées et admises en réanimation n’augmente plus.

Un changement durable au niveau des températures s'était amorcé dès la fin septembre (à partir du 24), en se prolongeant jusqu'au 5 octobre. Une seconde coulée froide, encore plus importante, s'est ensuite déroulée durant l'intégralité de la seconde décade du mois.

Avec la fin de l’été indien, les comportements changent et les gens se rassemblent beaucoup plus en intérieur, dans des pièces fermées plus ou moins ventilées où la distanciation est beaucoup plus difficile à respecter.

Ce n’est probablement pas le virus qui aurait subi une évolution saisonnière de sa virulence, ni une mutation, rien ne le montre à ce jour, mais plutôt le changement de nos comportements liés au changement de saison qui pourrait contribuer à expliquer le moment de l’accélération de la deuxième vague.

Deuxième vague que nous avions vu se former progressivement dès le milieu de l’été.

Nous expliquions dans la chronique du 22 septembre comment trois biais cognitifs troublent notre perception en raison de la difficulté à appréhender une évolution exponentielle qui ne devient perceptible que lorsqu’elle s’accélère. Et comment cela conduit à une acceptabilité des mesures de contrôles toujours en retard sur la croissance de l’épidémie.

Appelant à la prudence et à la mise en œuvre par chacun des mesures barrière dont le port du masque et de la distanciation.

Appels de l’ARS à la prudence et au respect des gestes barrières relayés dans la presse, les réseaux sociaux et les médias. Mais cela n’a pas suffi.

Le taux d’incidence, qui reflète le nombre de nouvelles contaminations, était à 50 tests positifs sur 7 jours pour 100 000 habitants en Pays de la Loire le 2 octobre, lorsque se produit l’accélération redoutée du nombre des contaminations.

Avec près de 2000 contamination le 2 novembre, le taux d’incidence franchit un pic à 340 contaminations pour 100 000 habitants sur les 7 derniers jours en Pays de la Loire le 6 novembre.

Puis commence à redescendre le 10 novembre à 320.

Avec 650 contaminations dans la journée, il est redescendu le 20 novembre, à 200 pour 100 000 habitants sur 7 jours, 14 jours après le pic.

C’était aussi le taux d’incidence du samedi 24 octobre dernier, 14 jours avant le pic.

Une évolution qui dessine une courbe ‘en cloche’ confirmant le freinage de l’épidémie et signe l’impact du confinement intervenu 7 jours auparavant.

La proportion de personnes testées positives parmi l’ensemble des personnes ayant bénéficié d’un test, c’est-à-dire le taux de positivité était à 16,7% le 6 novembre,

Le 20 novembre il était redescendu à 13,4.

La convergence de ces deux indicateurs, évoluant dans le même sens à la hausse, comme à la baisse confirme que c’est bien l’évolution de l’épidémie que l’on observe et non un artéfact lié à l’intensité du dépistage.

Nous avons longuement expliqué au fil des chroniques de cet été, les « subtilités » de l’interprétation épidémiologique de ces indicateurs.

La deuxième vague de contamination par le coronavirus a donc franchi un sommet le 6 novembre et cesse bien de croitre après 7 jours de confinement. (Graphique 1)

Il était indispensable. Il a produit les effets escomptés.

Ces effets ont même semblé plus précoces que dans la première vague.

C’est probablement un effet d’optique.

Faute d’une capacité massive de tests en avril, et d’un système d’information dédié, nous n’avions pas connaissance du nombre de personnes testées et c’est la baisse des admissions en réanimation, qui intervient plus tardivement, qui a confirmé l’efficacité du premier confinement, 17 jours après son début.

Comme pour cette deuxième vague.

Où la stabilisation des entrées en réanimation se produit le 10 novembre après 13 jours de confinement. Nous y viendrons.

Graphique 1 : Evolution de l’épidémie au 20 novembre 2020, taux d’incidence pour 100 000 habitants sur 7 jours glissants, taux de positivité des tests et nombre de tests PCR positifs (en bleu, première partie de la courbe, les tests ne concerne que les personnes symptomatiques hospitalisées ou dont le tableau justifiait un test. En bleu la mise en place d’une stratégie élargie de test systématiquement enregistrés dans la base de donnée SIDEP.

 

La vague épidémique a mis tout le dispositif de contrôle de l’épidémie en très forte tension, en particulier la stratégie de dépistage et le contact tracing.

Il a connu de forte turbulences, mais il a tenu.

Nous avions des inquiétudes, quant à notre capacité à piloter par les données le contrôle de l’épidémie, tant était intense la pression sur le dispositif de dépistage et les sollicitations informatiques de la base de donnée SIDEP, qui collecte, en continu, tous les tests réalisés par les laboratoires, pour déclencher le contact tracing.

De fait, la base de données, sollicitée par toutes les régions avec, dans certaines d’entre elles, une accélération encore plus forte de l’épidémie, a été en « surchauffe » par le nombre de connections simultanées sur la France entière. Le virus circulant cette fois partout en population générale.

Les données n’ont pas été perdues.

Cependant un week-end durant, le pilotage ‘aux instruments’ s’est trouvé perturbé, ne permettant pas d’interpréter avec certitude la baisse constatée des nouveaux cas.

Etaient-ce les données qui manquaient ? ou le nombre de nouveaux cas quotidien était-il réellement en train de baisser ?

De plus, la montée en charge des tests antigéniques crée un peu de flou dans l’interprétation des données.

En effet, le dispositif d’intégration des résultats des tests dans la base de donnée SIDEP est en rodage et cela a pris inévitablement quelques jours.

Ce ne sont plus l’ensemble des laboratoires d’analyse, rompus à la mécanique de rendu des résultats, mais un grand nombre de professionnels, pharmaciens, médecins, infirmiers... qui doivent avoir accès à la base et adopter la procédure de restitution des tests réalisés et leurs résultats.

La bonne nouvelle est venue en fin de week-end, une fois réalisée la consolidation de toutes les données rentrées en masse dans la base, y compris celles des nouveaux tests antigéniques.

 Le doute n’était plus permis.

L’incidence était bien en train de baisser.

La convergence de tous les indicateurs dans le même sens le confirme : taux d’incidence, taux de positivité et début de stabilisation des entrées en réanimation.

Ce n’est pas le tout de dépister.

L’enjeu est de permettre la rupture des chaines de transmission par l’isolement des personnes positives et leurs contacts.

Or, la pression sur le dispositif de dépistage risquait de fragiliser le dispositif de contact-tracing.

C’est en effet la pierre angulaire de la maitrise de l’épidémie.

Il met en œuvre la stratégie TAP : Tester (les personnes exposées, malades, et les contacts à risque) - Alerter (les personnes positives et leur contact) – Protéger (ces dernières de contaminer leurs proches en s’isolant efficacement).

Cependant, l’accélération exponentielle de l’épidémie a mis sous très forte pression les laboratoires d’analyse réalisant les tests PCR.

Comme ce fut le cas lors de la rentrée de septembre, où beaucoup de monde, rentrant de vacances, voulait se faire tester.

Puis, en octobre, face à l’accélération rapide de l’épidémie, la météo fraîchissant ramenant tout le monde à l’intérieur où le virus est beaucoup plus efficace pour se transmettre, les laboratoires ont connu des « embouteillages » inévitables, qui ont entraîné des délais de rendez-vous et de rendu de résultats accrus pendant les quelques jours nécessaires pour ajuster les moyens.

De 50 000 tests réalisés par semaine dans la région début octobre. Ce sont 115 000 tests qui étaient réalisés au plus fort de la vague. 30% de tests en plus chaque semaine entre les 15 octobre et le 6 novembre. Plus du doublement des capacités de tests en moins d’un mois.

Alors que les résultats étaient rendus en 24h début octobre, les délais sont montés à un peu moins de 48h. Ils sont redescendus à 36h juste après le pic. Alors c’étaient encore près de 100 000 tests qui étaient réalisés par semaine.

Naturellement, comme un jeu de domino, l’impact s’est fait sentir sur les équipes en charge du contact-tracing.

Les « brigades » de l’assurance maladie, qui contactent systématiquement les personnes positives, les interrogent pour identifier leurs contacts qu’elle informe ensuite.

Et l’ARS, d’autre part, avec sa cellule d’investigation des clusters, a été soumise à très forte pression.

Ces équipes (ARS et AM) ont ajusté rapidement leurs effectifs et adapté leurs procédures pour tenir face à la marée montante.

En quelques jours, le dispositif prévu dans cette situation est monté en charge avec un nombre spectaculairement accru de personnes contactées et guidées dans le processus par un dispositif renforcé de SMS et de mails. Afin de permettre aux brigades et à l’ARS de se consacrer aux situations les plus complexes exigeant un accompagnement rapproché par un contact téléphonique personnalisé.

Mais s’il a su s’adapter à la charge, le nombre de contamination atteint au moment du pic épidémique de la seconde vague ne lui permet pas de rester soutenable dans la durée.

C’est le confinement, autrement dit une forme généralisée et relative d’isolement, qui a permis la baisse des nouvelles contaminations.

Mais il est illusoire qu’à un tel niveau de circulation virale, on puisse tester, alerter et surtout protéger efficacement dans la durée.

Les pays qui aujourd’hui réussissent à contrôler le virus avec cette stratégie le font à des taux d’incidence très bas, voire quasi-nuls.

Avec des taux d’incidence inférieurs à 50 pour 100 000, il est possible d’organiser un soutien personnalisé à l’isolement.

Il faut donc rester dans cet étiage.

Nous l’avons dit. Ce virus agit par frappe chirurgicale sur la réanimation envoyant brutalement un nombre restreint, mais suffisant, de personnes en réanimation pour déstabiliser tout le système de soins.

Ce ne sont pas les épisodes d’infection par la covid qui posent problème. Même symptomatiques, même sérieusement affectés, mais sans détresse vitale, le système de soin est conçu pour prendre en charge les personnes qui en sont victimes.

Lorsque le nombre quotidien des nouvelles contaminations dans la population (mesurée par le taux d’incidence) atteint un niveau suffisamment élevé, la petite proportion parmi elles de personnes nécessitant une hospitalisation et parmi eux la proportion nécessitant de la réanimation (25% des hospitalisations en avril, 14% en novembre), devient soudain significative.

Et le virus commence alors à déstabiliser notre système de soins.

Par une frappe chirurgicale ciblant la seule réanimation : dès que le virus circule avec une intensité suffisante, la croissance des entrées à l’hôpital puis en réanimation devient soudain très rapide. Trop rapide. Les efforts réalisés le matin pour ajuster les besoins sont à amplifier le soir même.

L’hôpital et les services de réanimation sont mis sous une forte pression. Le confinement précoce préserve le système hospitalier qui a su s’adapter rapidement

Le 22 septembre, le seuil d’alerte de 50 personnes contaminées en 7 jours pour 100 000 est franchi en Pays de la Loire.

Ce seuil correspond précisément au nombre cible de 5000 contaminations quotidiennes en France rapporté à la population des Pays de la Loire qui représente à peu près 5% de la population française : (5000 contaminations x 7 jours = 35000 contaminations en 7 jours rapporté à 68 000 000 d’habitants en France et x100 000 = 51 personnes contaminées en 7 jours pour 100 000habitants.

C’est bien ce même palier qui est franchi le 22 septembre quand l’épidémie accélère.

Le 2 octobre, le nombre de cas confirmés s’accélère brutalement et le taux d’incidence monte rapidement. Il franchit le seuil d’alerte renforcé de 150/100 000 le 18 octobre et le seuil d’alerte maximale de 250/100 000 le 27 octobre.

Le jeudi 29 octobre, le reconfinement est décidé par le Président de la république.

Il est alors constaté une situation alarmante des taux d’incidence et du risque de saturation des services de réanimation dans le sud-est de la France, le nord et la région parisienne.

Le 6 novembre, une semaine après le confinement, le taux d’incidence atteint un pic à 340 personnes contaminées pour 100 000 habitants sur 7 jours près de 2000 personnes testées positives en une seule journée.

La courbe de croissance du nombre de personnes en réanimation pour COVID qui a atteint 143 personnes ralentit le 10 novembre. Un maximum de 151 personnes hospitalisées en réanimation pour COVID est encore atteint le 16 novembre. Puis la courbe reste en plateau depuis autour de 135 personnes pour covid en réanimation.

Dans le même temps, le nombre de personnes en réanimation pour les autres causes, avait commencé à décroitre dès le 13 octobre passant de 185 personnes à une centaine, libérant des lits de réanimation pour des patients COVID +. Puis il se stabilise à partir du 16 novembre autour de 130 personnes.

Ce sont ces admissions massives en réanimation qui déstabilisent tout le système de soins.

La courbe étant exponentielle en l’absence d’immunité suffisante dans la population, les capacités de réanimation, quelles qu’elles soient, finissent par être dépassées en l’absence de freinage.

C’est pour cela que, de 180 lits de réanimation autorisés dans la région, la capacité a été portée à 250 lits de réanimation début octobre, progressivement ouverts.

Elle pouvait être portée jusqu’à 350 lits.

Mais cela n’est possible qu’au prix d’une réorganisation de l’ensemble des hôpitaux et cliniques qui pénalise tous les soins non urgents et non programmés.

Attendre la saturation des services de réanimation pour réagir n’est donc pas une option.

C’est la progression de l’épidémie qu’il faut freiner pour ne pas en arriver là.

En effet, si les capacités maximales devaient être dépassées, alors on se retrouverait devant des choix éthiques insupportables. Choisir quelle personne aura accès à la réanimation entre plusieurs patients éligibles et ayant une chance de survie grâce à la réanimation. Car tous ne pourraient alors y avoir accès.

C’est cette situation, prévisible, qui est considérée, par anticipation, comme inenvisageable par les soignants, et institutions en charge de la santé.

Et si elles étaient dépassées, autrement dit si la réanimation était saturée, ce ne sont pas les seuls malades graves de la COVID qui seraient concernés.

Les mêmes choix difficiles s’appliqueraient au malades nécessitant de la réanimation, parce qu’ils ont fait un infarctus, un accident grave de la circulation, un accident vasculaire, une décompensation broncho-pulmonaire, une intoxication ou une infection grave. On ne pourrait plus soigner et sauver les malades jusqu’à présent pris en charge quotidiennement.

Et cette situation ne serait pas acceptable. Ni par les soignants ni par les malades concernés, ni par leur proches, c’est à dire nous tous.

La question n’est pas de savoir si cette situation est une éventualité à discuter. La zone frontière avec cette situation a été approchée en France et ailleurs. Elle n’est pas une hypothèse.

La question n’est pas de savoir s’il faut avoir peur. Ou s’il faut faire peur.

La question pourrait être de décider d’accepter cette situation. Or la réponse a été donnée : elle ne serait pas acceptable.

Par conséquent, comme cette situation est évitable. Alors il faut l’éviter. En freinant l’épidémie, en lui « barrant la route », même par un confinement s’il le faut.

Lorsque cette accélération se fait sentir en réanimation, elle reflète l’épidémie d’il y a déjà quinze jours.

Les soignants le savent bien, eux qui se battent pour leurs patients.

Ils savent que tant que l’accélération virale dans la population n’a pas freiné massivement, la situation à laquelle ils font face ne peut que s’amplifier.

D’où leur cri d’alarme, relayé par l’agence il y a plusieurs semaines dans ces chroniques et par la presse pour inviter chacun à réduire les interactions sociales non indispensables, que le virus exploite pour se multiplier, et si cela ne suffit pas, préparer les esprits à des mesures plus amples.

Sans attendre, la préparation de notre système de soins a été enclenchée.

Le « G5 » rassemblant dans chacun des 5 départements les équipes - direction administrative et médecins - des hôpitaux publics, en lien étroit avec les établissements privés du territoire, les acteurs du 1er recours, ceux du médico-social, l’HAD, les SSR, les services d’aide à domicile... et accompagnement des directeurs territoriaux de l’ARS qui connaissent bien les spécificités de chaque territoire départemental, s’est réuni hebdomadairement sous l’égide de l’ARS, en tant que partenaire et garant de la réponse aux parcours de santé des patients.

Ensemble, ils ont actionné un dispositif extrêmement réactif pour créer des lits supplémentaires de réanimation

Ils ont ainsi accru les services de réanimation en transformant des lits de soins continus en lits réanimation dans les hôpitaux publics et en transférant la prise en charge de la continuité des soins de réanimation vers les unités de soins continus des établissements privés. Puis en ajustant progressivement la déprogrammation des activités chirurgicales non urgentes à l’augmentation des besoins liés au covid dans le public puis dans le privé. Afin de redéployer les équipes compétentes en réanimation entre ces unités pour les ‘armer’ en conséquence.

Un jeu collectif ‘à la nantaise’ en quelque sorte. Une coopération ancrée dans une expérience de longue date de solidarité entre les établissements et services de la région pour l’organisation des soins critiques,

Cette réactivité et cette logique d’adaptation au plus juste des lits supplémentaires déployés répondaient à une grande attention portée au maintien, le plus longtemps possible, des activités non liées au covid, afin d’éviter les retards de prise en charge dus aux déprogrammations inévitables qui ont pu être déplorées durant la première vague.

Et de conserver en permanence une marge de sécurité de 15% des lits pour faire faire face à toute accélération.

Le nombre de lits de réanimation autorisés en pays de la Loire était de 180 avant la crise.

Le maximum possible en toute sécurité était évalué à 350 lits armés en matériel et personnel compétent (correspondant à un doublement des lits existants).

Ce qui est considérable et à l’honneur des équipes soignantes, qui, une fois de plus se sont mobilisées, sans compter, avec humanisme et professionnalisme.

Moyennant une déprogrammation des activités non urgentes pour redéployer les équipes.

Une anticipation qui s’appuie sur les modélisations de l’institut Pasteur et de Santé Publique France.

L’anticipation a pu se faire en s’appuyant sur les modélisations réalisées, région par région, par l’Institut Pasteur, pour estimer l’évolution des entrées en réanimation, selon divers scénarii basés sur différentes valeurs du taux de reproduction R.

Ces scénarii estiment quel serait l’impact des mesures de confinement, en fonction de la date à laquelle elles seraient prises.

Les données étaient implacables.

Durant la première quinzaine d’octobre, le taux de reproduction, le R effectif (taux de reproduction ajusté pour tenir compte du nombre de personnes déjà immunisées) a finalement été estimé pour la région à 1,55.

 Autrement dit, 10 personnes en contaminaient 15.

Octobre, c’est le moment où la poussée épidémique s’est accélérée. Probablement liée à la fin des beaux jours : le froid, parce qu’il nous ramène à l’intérieur, favorise la transmission du virus en rendant la distanciation plus difficile et la ventilation des pièces moins fréquente.

Durant la deuxième quinzaine d’octobre, des mesures de contrôle de l’épidémie ont été renforcées devant l’accélération certaine du nombre de nouvelles contaminations.

Et les services de réanimations ont commencé à voir augmenter le nombre de nouvelles admissions ainsi que le nombre de lits occupés par des malades COVID.

Les régions PACA et Ile de France d’abord puis Bourgogne Franche Comté et Hauts de France étaient déjà en situation très tendues au point que des évacuations sanitaires (« EVASAN ») de patients en soins de réanimation ont dû être organisées vers les régions moins touchées dont les Pays de la Loire.

Les hôpitaux de la région des Pays de la Loire ont accueilli 26 de ces patients, en provenance de la région ARA.

C’était un devoir de solidarité nationale

Le système de soins tient le choc. Les capacités accrues de réanimation « encaissent la vague » sans être saturées.

Le 8 novembre, les modélisations épidémiques proposées par l’Institut Pasteur montrent que la courbe de croissance du nombre de lits occupés par des malades covid en réanimation se superposait à la courbe correspondant à un taux de reproduction R de 1,4. (graphique 2)

Graphique 2 : Nombre de lits occupés par des patients covid en réanimation au 8 novembre, nombre de lits installés, nombre de de lits maximum projetables et modélisation de l’institut pasteur en fonction du taux de reproduction R

La projection dans le temps de cette courbe estimait qu’avec le maintien d’un tel niveau de transmission que nos capacités maximales, 350 lits, pourraient être dépassées, dès la fin novembre.

Pour que le nombre de lits en réanimation occupés par des malades COVID se stabilise, et qu’il permette de garder un volume suffisant de lits pour continuer à prendre en charge des malades non covid, il fallait que le taux de reproduction s’abaisse au moins à 1,1.

Comme nous ne savions pas quand le confinement commencé le 26 octobre produirait un impact sur les entrées en réanimation pour COVID, la déprogrammation des interventions non urgentes a été poursuivie par les hôpitaux publics et privés pour porter progressivement le nombre de lits de réanimation au-delà de 300.

Le nombre de personnes en réanimation se stabilise à partir du 10 novembre

Le 16 novembre nous constatons que le nombre de patients en réanimation pour COVID n’augmente plus depuis le 10 novembre.

C’est-à-dire une semaine après le franchissement du pic de contamination à presque 2000 contamination en une journée le 2 novembre, portant le taux d’incidence lissé sur 7 jours de la semaine à un maximum de 340 atteint le 6 novembre. (Graphique 3).

Au 25 novembre, la décroissance de la courbe se confirme.

La courbe d’occupation des lits de réanimation par les malades COVID montre que le taux de reproduction R se situe au-dessous de 1,1. Les estimation une semaine plus tard confirmeront qu’il est en réalité probablement entre 0,7 et 0,9.

Graphique 3 Nombre de lits occupés par des patients covid en réanimation au 25 novembre, nombre de lits installés. Et modélisation de l’institut pasteur en fonction du taux de reproduction R

Nous avons évité le pire

Parce qu’une décision nationale de confinement, justifiée par la saturation des hôpitaux de plusieurs régions françaises, a été imposée très tôt à notre région alors que nos services de réanimation étaient encore loin de la saturation

Comme pour la première vague et comme nous l’avons préconisé lors des poussées épidémiques de cet été dans la région, agir tôt vite et fort pour freiner la vague avant que sa croissance exponentielle ne nous submerge.

Une stratégie de montée en charge graduée des capacités de réanimation qui préserve le plus longtemps possible les activités non COVID et les soins non programmés

L’ajustement de la croissance du nombre de lits de réanimation a été assuré au jour le jour. Afin de maintenir une activité de réanimation pour les urgences non covid et en conservant en permanence une marge de 15% de lits disponibles pour encaisser les fluctuations quotidiennes inévitables des entrées.

Cette progressivité au jour le jour a permis de préserver le mieux possible l’activité non covid et la continuité des soins. Elle est illustrée dans les graphiques 4 et 5.

Le graphique 4 montre en bleu foncé le nombre de lits de réanimation occupés par des malades covid.

En bleu clair le nombre de lits de réanimation occupés au total (additionnant les malades covid et les non covid).

La courbe jaune montre l’ajustement du nombre de lits de réanimation et la marge de sécurité de lits disponibles maintenue en continu à 15%.

En bleu pâle à droite la projection des besoins de lits de réanimation sous une hypothèse de taux de reproduction effectif à 0,8 selon les modélisations de l’Institut Pasteur et Santé Publique France.

Le graphique 5 montre comment l’évolution relative entre les admissions en réanimation pour COVID et pour des pathologies non covid justifiant l’ajustement du nombre de lits de réanimation nécessaires.

 

 

Le contrôle de l’épidémie reste indispensable pour consolider la baisse des entrées en réanimation.

La pression hospitalière reste forte. L’heure n’est pas au déconfinement, mais à la prudence pour que l’épidémie ne repartent pas.

Une décroissance des besoins de réanimation va être possible, pour autant que la pression de l’épidémie continue à diminuer.

Décroissance qui doit être suffisamment engagée avant de commencer une reprogrammation prudente des activités programmées non urgentes.

Or, la pression sur le système hospitalier est toujours à ce jour très forte et le nombre de lits de réanimation nécessaire reste aujourd’hui supérieur à 300 lits. C’est considérable.

Tant qu’il doit maintenir un nombre de lits de réanimation supérieur à 200 lits, il doit mettre en œuvre une organisation exceptionnelle.

200 lits de réanimation, c’était le nombre de lits nécessaires au 2 octobre.

Alors que le taux d’incidence était à 50 pour 100 000habitants sur 7 jours.

C’est donc bien un taux d’incidence continuellement inférieur à 50 contaminations pour 100 000 habitants cumulés sur 7 jours, qu’il faut atteindre pour que les services hospitaliers ne soient plus sous pression, que le dispositif de contact-tracing permette de maitriser les chaines de contamination.

Si nous ne voulons pas subir une troisième vague en janvier, le contrôle de l’épidémie est dans nos mains.

Il dépend de notre capacité collective à mettre en œuvre distanciation et mesures barrières.

Comment ? Nous avons longuement évoqué dans la chronique du 14 octobre la logique des mesures de contrôle de l’épidémie et les enjeux de leur mise en œuvre au quotidien.

Il nous faut aujourd’hui nous préparer à reprendre notre vie avec un virus sous contrôle.

Tout d’abord, profiter du confinement pour amener le taux d’incidence le plus bas possible.

Ensuite, préparer un possible déconfinement mi-décembre si les indicateurs le permettent. (Au-dessous de 50/100 000 contaminations sur 7 jours cumulés)

Pour tenir le virus en respect jusqu’à l’arrivée du vaccin et éviter une troisième vague après les fêtes.

Enfin bien organiser le déploiement du vaccin qui n’est pas pour autant « une baguette magique », devra s’adapter à chaque population, demandera quelques mois pour couvrir la population, et donc ne produira pas ses pleins résultats immédiatement. Mais il sera une aide précieuse. Nous y reviendrons.