COVID-19 : la chronique du Dr Pierre Blaise au 5 novembre 2021

Actualité
Photo Dr Pierre Blaise

Notre chronique de la rentrée de septembre 2021 constatait le reflux de la quatrième vague, qui avait démarré dans notre région début juillet. Avec des taux d’incidence plus élevés dans les deux départements côtiers cet été, respectivement 150/100 000 en Loire-Atlantique et 122 /100 000 en Vendée. Alors qu’en Mayenne et Sarthe il est resté au-dessous de 100/100 000.

Chronique publiée le 5 novembre 2021 avant la publication du bulletin n°247. Les données citées dans cette chronique font référence au bulletin n°246 du 2 novembre 2021.

Cette quatrième vague a atteint son pic en Pays de la Loire un peu après la mi-août.

Puis les taux d’incidence et taux d’occupation des lits en hospitalisation et en réanimation ont décru.

La quatrième vague, était passée.

Mais le répit fut de courte durée et le début d’une circulation virale très intense est hélas en cours, avec comme corollaire, la baisse des températures d’automne, et surtout celle de l’efficacité des vaccins lorsqu’ils ont été administrés il y a plus de 6 mois.

Sa dynamique est différente des vagues précédentes et demande une fois encore d’ajuster la stratégie.

Voyons pourquoi ?

S’interrogeant sur l’avenir, au regard de ce qui venait de se passer, notre chronique évoquait début septembre, l’hypothèse de « vagues » à venir, contenues par une vaccination en progression constante.

Amenant progressivement le virus dans la catégorie des virus endémiques respiratoires au côté des quatre coronavirus déjà circulants.

Virus respiratoires responsables d’épidémies chaque année, touchant principalement les enfants, en les immunisant sans formes graves, et les personnes à l’immunité faiblissantes que l’on pourrait protéger du covid-19 par une vaccination régulière, à l’instar de la grippe.

Nous affirmions cependant rester « l’arme au pied ».

L’absence de vaccination mondiale suffisante laissant au virus des perspectives d’avenir funeste par l’émergence d’un variant encore plus contagieux ou plus grave, échappant à l’immunité vaccinale, ruinant les efforts de vaccination de cette année.

Mais une fois encore le virus nous prend à contrepied !

Alors que les vagues successives ont atteint la population en suivant un ordre de préséance rigoureux, atteignant d’abord les jeunes adultes, socialement les plus actifs et les mieux protégés par leur jeune âge, puis les adultes mûrs, ensuite les retraités actifs, pour finir par atteindre les plus âgés plus vulnérables et plus à risques de faire des formes graves, mais qui réussissaient longtemps à se protéger.

L’évolution épidémique de cet automne prend le chemin inverse.

Elle touche dans un ordre exactement inverse d’abord les personnes de plus de 80 ans vite rattrapées par les 65 -75 ans, ensuite les 40-65 puis les 30-40 et enfin les 20-30 ans...

Et pourtant la couverture vaccinale est exceptionnelle, supérieure en Pays de la Loire aux moyennes nationales.

La vaccination, qui reste très efficace pour protéger des formes graves et qui réduit en partie la circulation vaccinale perd cependant de son efficacité au-delà de 6 mois, d’autant plus que l’on est âgé.

Avec un bénéfice-risque toujours favorable au rappel vaccinal à partir de 65 ans dans l’état actuel des connaissances.

Nous en avons eu confirmation en observant ce qui se passait dans les pays les premiers significativement vaccinés.

En particulier en Israël.

C’est pourquoi, le rappel vaccinal des premiers vaccinés de cet hiver, les plus de 65 ans, est devenu une stratégie prioritaire. 

Et dans l’attente de son plein effet, la vaccination des 16000 ligériens de plus 80 ans, les plus à risque, qui ne sont pas encore vaccinés, est une également une priorité pour les protéger et maitriser le risque de saturation des services de réanimation et d’hospitalisation.

Pour mieux comprendre ce qui différencie cette vague des précédentes, revenons dans un premier temps sur la quatrième vague de cet été.

Puis comparons-la à cette évolution épidémique qui enfle depuis de début de l’automne : relâchement de la vigilance des aînés vaccinés ? rappel vaccinaux en berne ? … Et peut-être premiers frémissements de freinage ces derniers jours.

Freinage qui serait bienvenu.

Comme les vagues précédentes, la quatrième vague qui a démarré au début de l’été a mis en tension le système de soin ligérien.

Nous alertions dès le début de juillet sur l’augmentation des taux d’incidence. Concernant cette fois les départements côtiers de la région.

Si cette vague a rempli les services de réanimation, elle ne les a pas saturés, au prix de transferts solidaires et bienvenus entre les hôpitaux de la région et de déprogrammation d’interventions non urgentes afin de maintenir un volant de sécurité de lits disponibles.

Or cette vague s’annonçait redoutable au cœur de l’été, car le variant delta venue d’Inde via l’Angleterre, devenu majoritaire était incomparablement plus contagieux que le précédent variant alpha venu d’Angleterre, responsable de la troisième vague du printemps, que la vaccination débutante et le couvre-feu de l’hiver n’avait pu contenir imposant le recours au confinement pour la troisième fois en mars 2021.

Allions nous tenir le choc encore une fois cet été ?

La vaccination serait-elle suffisante ?

Les plus âgés largement protégés par la vaccination n’allaient-ils pas laisser la place en réanimation à un nombre immense de personnes plus jeunes qui n’étaient encore pas suffisamment vaccinés ?

En effet, nous l’avons expliqué : de façon naturelle c’est-à-dire sans aucun mesure barrière, le virus initial venu de Chine a un taux de reproduction de 3, c’est à dire qu’une personne en contamine 3 qui en contaminent chacune trois qui à leur tour en contamineront trois. 3 puis 9 puis 27…

Après 5 cycles d’une semaine, ce sont près de 250 personnes qu’un "cas index" aura contaminé.

Il aura fallu un confinement strict au printemps 2020 pour infléchir le taux de reproduction au-dessous de 1 c’est-à-dire que dix personnes ne réussissant à en contaminer en moyenne moins de 10, l’épidémie régresse.

Lors de la vague épidémique de cet été le variant delta dont l’apparition était surveillée par les criblages et les séquençages était devenu totalement dominant. Nous l’avons expliqué dans les chroniques précédentes

Or le variant delta (apparu en Inde) est 60% plus contagieux que le variant alpha (apparu en Angleterre) lui-même 50 % plus contagieux que le virus original (apparu en Chine).

On peut donc estimer son taux de reproduction à près de 7. Un peu plus du double de celui du virus initial.

Mais ce taux de reproduction double entraine une contagiosité exponentielle.

En effet, avec le variant delta, sans mesures de freinage, une personne en contamine 7 qui ensemble en contaminent 49 qui ensemble …. Après 5 cycle de contaminations ce ne sont pas 2 fois 250 = 500 personnes qui sont contaminées mais … 16 000 qui seront contaminées à partir d’un seul cas index !

C’est précisément cette perspective qui a conduit à promouvoir de façon très intense la vaccination qui n’était alors plus limitée par le nombre de doses mises à disposition par l’industrie pharmaceutique et ne relevait que d’une organisation efficace pour permettre à toutes les personnes éligibles de se faire vacciner rapidement sans exception.

Le pass sanitaire a été mise en œuvre au cœur de l’été pour accompagner l’atteinte de cet objectif.

Comme nous l’avons précisé dans la dernière chronique, le risque de devoir reconfiner en cas de quatrième vague au variant delta était réel compte tenu de sa contagiosité accrue.

Le pass induit une forme de confinement qui s’applique aux personnes qui font le choix de ne pas se vacciner ni de se soumettre à des tests itératifs, et s’applique dans certaines circonstances ou espaces à plus haut risque de transmission, pour protéger les plus vulnérables même vaccinés.

Il permet aux personnes vaccinées ou qui acceptent de se tester de ne pas devoir subir de confinement généralisé. Et pour les plus jeunes de poursuivre leur scolarité.

Il laisse également la possibilité de décider de se vacciner ou non, mais alors dans ce dernier cas au prix de contraintes certes importantes mais choisies.

Et il joue aussi un rôle très fort d’incitant à la vaccination pour ceux qui sont hésitants mais n’acceptent pas les contraintes imposées à ceux qui choisissent de ne pas se vacciner.

Grâce à un taux de vaccination très élevé obtenu en un temps record, grâce à l’adhésion de la population, y compris des jeunes, la vague épidémique de l’été n’a pas mis en péril le système de soins en dépit de la contagiosité extrême du variant delta.

Quel serait l’avenir ? En avions nous finit avec la mise en tension du système de soins lors des vagues épidémiques, grâce à la vaccination ? Telles étaient les questions qui se posaient à la rentrée.

Alors que les taux de vaccination de la population jeune rejoignaient progressivement les taux qui s’étaient révélés extrêmement protecteurs pour les anciens lors de quatrième cette vague.

Et que nous redoutions comme à chaque rentrée l’effet d’accélération de la rentrée scolaire et universitaire amplifiant les brassages entre groupes de population passant des cercles de relations de l’été à ceux des activités scolaires / universitaires ou des collectifs de travail.

Et donc une reprise de l’épidémie initiée par les populations jeunes les plus actives socialement puis gagnant le reste de la population jusqu’au plus fragiles suivant un ordre désormais bien établi.

L’analyse de cette vague et de sa dynamique populationnelle était alors conforme aux précédentes.

Les taux d’incidence sont montés cet été jusqu’à 500/100 000 pour les moins de 30 ans, mais sont restés inférieur à 200/100 000 au-delà de 30 ans, et décroissant selon l’âge.

L’importance de ces taux d’incidence était cependant à mettre en relation non seulement comme nous le faisons jusqu’à présent avec l’intensité des relations sociales, mais aussi avec l’intensité du dépistage dans la population jeune pas encore vaccinée, taux de dépistage fortement accru en raison de la mise en œuvre du pass sanitaire. Et qui repère plus de cas positifs mais asymptomatiques qui ne seraient pas fait spontanément dépister.

Ce constat de taux d’incidence progressivement décroissants avec l’âge, au point qu’il n’y avait pratiquement plus de nouveaux cas dans les EHPAD et USLD, les plus menacés durant les vagues précédentes, nous a amenés à penser que l’épidémie se transformait en "épidémie des jeunes".

Et nous conduisait à lier cette caractéristique au taux de couverture vaccinale, logiquement moindre chez les jeunes puisque la vaccination leur avait été ouverte plus tardivement.

Et qu’ils se sentaient avec raison à risque individuel moindre, peu stimulant pour se vacciner.

Le pass sanitaire a incontestablement joué un rôle dans la propension à se faire vacciner des moins de 50 ans, moins à risque individuel de faire des formes graves.

La motivation étant à court terme de pouvoir accéder aux lieux et activités soumises au pass.

Et probablement à plus long terme de contribuer à élever l’immunité collective afin d’éviter le risque d’un nouveau confinement ou couvre-feu généralisé.

Ce rajeunissement à la fois de la population admise en hospitalisation et en réanimation et des classes d’âge à forte incidence nous conduisait à penser que l’épidémie allait ainsi se transformer petit à petit en une épidémie du jeune âge.

Autrement dit que l’épidémie allait peut-être évoluer vers une circulation endémique permanente du virus, déclenchant régulièrement des pics éventuellement saisonniers, mêlés aux épidémies hivernales respiratoires habituelles, rejoignant les 4 coronavirus circulants depuis des années. Epidémies hivernales habituelles, touchant les plus jeunes et en particulier les enfants rencontrant le virus pour la première fois et s’immunisant sans faire de forme grave, et contaminant les adultes qui au gré des mutations régénéreraient sans dommage leur immunité au cours d’épisodes infectieux hivernaux banaux.

C’est en effet un des scénarii envisagés comme probable de sortie de l’épidémie. Sortie accélérée par la vaccination qui finalement contribue à réduire d’une dizaine d’années (sans vaccin) à 2 ou trois ans (grâce au vaccin) la durée, l’intensité et la gravité des vagues épidémiques jusqu’à atteindre une immunité collective suffisante pour que ni le système de soins ni la société ne soit menacée par ces poussées et ses mesures de contrôle.

Il s’agissait cependant du scénario le plus favorable.

Nous redoutions cependant deux phénomènes d’échappement de ce scénario évoqués en conclusion de notre dernière chronique de septembre : la circulation d’un nouveau variant que les mutations auraient rendu plus contagieux encore, ou entrainant plus de forme graves.

Ou surtout échappant à l’immunité vaccinale.

Nous nous interrogions également sur une troisième évolution possible : une cinquième vague n’allait-elle pas se réamorcer avec la reprise des activités à la rentrée scolaire et universitaire ? et serait-elle comparable ou atténuée par rapport à celle que nous venions de vivre ?

En effet, après une accélération spectaculaire de la couverture vaccinale tout au long de l’été, nous constations le ralentissement de la vaccination.

Ralentissement non surprenant. Phénomène bien connu et déjà évoqué au long des chroniques précédentes :

  • Les premiers 50% de couverture vaccinale sont les plus faciles à atteindre,
  • Les suivants plus difficiles,
  • Et les derniers sont ceux qui demandent le plus de mobilisation, d’efforts et de moyens, pourcent après pourcent.

Car on s’adresse aux personnes qui ont le plus de mal à accepter, ou à accéder à la vaccination.

Mais, fidèle à sa réputation, ce virus nous prend encore une fois à contrepied.

Cette fois. Et pour la première fois, ce sont les personnes les plus âgées qui sont frappées en premier.

Plus surprenant encore, l’entrée "en piste" des différentes tranches d’âge lors de la formation de cette reprise épidémique se fait exactement dans l’ordre inverse !

Le virus a-t-il décidé de changer de stratégie pour déjouer nos stratégies de contrôle ?

Non, bien sûr !

Un virus n’est pas un être doué de volonté propre.

Il n’a pas de "stratégie".

Un virus est un agent biologique avec ses propriétés qui assurent sa survie et en particulier sa reproduction.

Ces propriétés mettent automatiquement en jeu des mécanismes de survie en fonction des pressions exercées sur sa reproduction par l’écosystème dans lequel il évolue.

Et cet écosystème, c’est nous !

Puisqu’un virus ne survit pas longtemps sans son hôte. Ou plutôt les cellules de son hôte qu’il pénètre pour en détourner l’appareil reproducteur au service de sa propre reproduction

Son écosystème, ce sont nos comportements.

Favorables ou défavorables à sa reproduction.

Nos comportements, ce sont en l’occurrence nos interactions sociales et les conditions dans lesquelles elles se déroulent.

Ce sont en effet ces interactions sociales qui créent les opportunités pour le virus de passer de l’un a l’autre et ainsi assurer sa survie.

Jusqu’à présent dans toutes les précédentes vagues y compris la plus récente de cet été, ce sont systématiquement les classes d’âges des jeunes adultes qui ont ouvert le bal des contaminations.

Et elles se sont succédé dans un ordre immuable les 15-30 puis les 30-45 puis les 45-65 puis les 65-75 et enfin les plus de 75 ans.

Graphique 1 : Taux d'incidence en Maine et Loire

Graphique 2 : Taux d'incidence en Sarthe 

 

Graphique 1 et 2 : Evolution des taux d’incidence par tranche d’âge (graphique 1 : le Maine et Loire, graphique 2 : la Sarthe)
A gauche : les vagues successives d’août 2020 à octobre 2021, à droite détail des vagues 4 et 5.
(Source : base de donnée SIDEP. Données de travail Santé Publique France en Pays de la Loire (données non encore consolidées)

Ainsi dans chaque département lorsque nous comparons en les agrandissant les courbes par tranches d’âge de la 4ème vague avec celles de la situation en cours (Graphique 1) : la 4ème vague démarre avec la courbe bleue clair (15-30) puis rouge carmin (30-45) puis grise (45-65) puis jaune (65-75) et enfin Verte (>75ans).

Alors que pour aujourd’hui, c’est exactement l’inverse !

Elle démarre avec la courbe verte (>75 ans) suivie de près par la courbe jaune (65-75 ans), puis dans l’ordre les courbes grise (45-65) rouge (30-45) bleu clair (15-30).

Mais ces trois dernières courbes sont d’intensité beaucoup plus faible que celles de leurs ainés.

Nous mettons à part les adolescents (courbe bleue foncé) car ils se sont révélés n’être finalement pas les accélérateurs d’épidémie qu’ils sont pour d’autres virus respiratoires, en particulier la grippe. Ils exercent leurs interactions sociales dans deux univers particuliers : l’un fortement discipliné : l’école où les mesures barrières sont appliquées efficacement. L’autre d’intense promiscuité où les mesures barrières ne s’exercent pas : la famille nucléaire.

Ils ne transmettent ni plus ni moins que les adultes. Et la courbe des 0-15ans (bleue foncé) de leurs contaminations se déclenche plutôt avec celle de leurs parents (grise pour les parents d’ados). Mais leur incidence est très corrélée au dépistage qui leur est soit peu administré parce qu’ils font surtout des formes asymptomatiques soit administré dans le cadre des dépistages en milieu scolaire. De plus cette courbe est hétérogène, mêlant nourrissons enfants et préados et dont une petite partie seulement est éligible à la vaccination.

Bien entendu, cette ordre d’apparition particulier nous a interpellé et nous avons étudié avec attention particulière les informations qui remontaient des équipes en charge du contact-tracing.

Plusieurs éléments sont marquants et confirment la réalité d’une épidémie concernant au premier chef les retraités et les aînés.

D’autant plus que ce sont bien les classes d’âges les plus susceptibles d’impacter le système de soins. Alors qu’on avait justement priorisé leur mise à l’abri par la vaccination précoce.

Aurions-nous à faire à un variant échappant à l’immunité vaccinale et ciblant spécifiquement les plus âgés ?

Y aurait-il un comportement nouveau des plus de 65 ans les exposant plus à l’infection ?

L’analyse épidémiologique révèle que c’est un peu les deux !

Le contact-tracing a mis en évidence de nombreux clusters concernant presque exclusivement des personnes de plus de 65 ans et liés à des activités propres aux seniors.

En particulier des thés dansants, propices au relâchement des mesures barrières puisque l’on peut y boire et manger et se regrouper nombreux dans des salles closes (parfois mal aérées). Rassemblant des personnes se pensant invulnérable au virus puisque vaccinées, pass en règle. Pouvant rassembler 500 personnes sur quelques heures.

Et puis des voyages organisés. Pouvant rassembler plusieurs centaines de personnes. Vers des destinations européennes où le virus a repris sa circulation. Voyageant sur des durées de plusieurs heures dans des cars ou des avions, partageant gite et couvert au long du voyage. Voyages étalés sur une durée permettant au virus de développer plusieurs cycles de reproduction avant d’être débusqué.

On retrouve alors dans ces clusters ce que l’on appelle un taux d’attaque, c’est-à-dire le nombre de personnes positives rapporté au nombres de personnes participant à l’événement, à des niveaux rarement vus. Jusqu’à 50% des personnes contaminés au cours du même voyage.  

On a également plus tracer des contaminations de thé dansant en thé dansant. Avec des cas contacts dûment d’un thé dansant dûment identifiés qui se retrouvaient organisateurs du thé dansant suivant ! … et cas index !

Le tracing a parfois été rendu particulièrement délicat puisque des listes de rappels n’avaient pas été établies ou même constituées de numéros fictifs !

A l’évidence, le message d’espoir de levée des contraintes avait été beaucoup plus fort que les messages de prudence liés à la certitude que le virus circulait encore et que la vaccination ne faisait que le freiner même s’il protège efficacement des formes graves.

C’est donc bien un relâchement des mesures barrières qui a facilité la formation de ces clusters à l’origine du démarrage de cette situation épidémique préoccupante en Pays de la Loire.

Mais alors, est-ce à dire que la vaccination ne fonctionne pas ? Non assurément !

La différence de pente et d’accélération de l’incidence entre les classes d’âge de plus de 65 ans et les plus jeunes est frappante.

Or, rien ne laisse penser que les classes d’âges au-dessous de 65 ans aient moins repris leurs activités sociales et professionnelles que leurs ainés, ni qu’ils aient été plus respectueux des gestes barrières.

Ce qui différencie ces classes d’âge c’est que les premières, plus à risque et moins nombreuses, ont été vaccinées massivement au premier semestre 2021.

Alors que les populations plus jeunes, beaucoup plus nombreuses ont dû attendre pour se vacciner que les doses soient largement disponibles au cœur de l’été et ont surtout répondu à l’incitation forte du pass sanitaire à partir du mois d’aout où elles se sont alors massivement vaccinées.

On a donc deux catégories de population : l’une à moindre risque, massivement, et surtout récemment, vaccinée. Les moins de 65 ans.

L’autre à risque plus élevé. Au système immunitaire moins solide l’âge avançant. Et dont une partie est vaccinée depuis plus de 6 mois. Les plus de 65 ans.

Or, c’est la leçon de la vague épidémique qu’a connue Israël, premiers pays à avoir vacciné massivement sa population avant même la fin 2020. Elle met en évidence une baisse de l’immunité vaccinale 6 mois après la vaccination complète.

Sa population était vaccinée à un taux suffisant pour contrôler le taux de reproduction du virus original. Un taux de vaccination le plus élevé au monde à l’époque, mais insuffisant pour la contagiosité extrême du variant delta.

En tout cas lorsque ce dernier a frappé une population vaccinée depuis plus de 6 mois.

Dans la chronique de septembre, nous avons expliqué comment on pouvait estimer le taux de couverture vaccinale nécessaire à plus de 90% de la population générale.

C’est donc l’addition de ces deux facteurs, jeunes récemment et bien vaccinés, affaiblissement du pouvoir de protection de la vaccination des aînés, qui explique les caractéristiques de cette situation.

Elle touche dans l’ordre, d’abord les populations dont la vaccination est la plus ancienne. Et qui sont aussi celles qui sont les plus à risque.

Puis la population plus jeune, moins à risque et surtout massivement vaccinée.

Le taux d’incidence dans la population générale est désormais supérieur à 50 dans 4 des 5 départements de la région.

Il est même supérieur à 100 en Maine et Loire.

Mais ce taux croissant régulièrement en population générale est la résultante de deux tendances différentes.

D’une part la croissance du taux d’incidence des plus de 65 ans a été très rapide, presque exponentielle durant les trois premières semaines d’octobre, puis depuis le 22 octobre il s’est heureusement ralenti. Probablement grâce à la maitrise des plus gros clusters.

D’autre part, le taux d’incidence des moins de 65 resté en croissance lente, mais régulière, comparable à l’évolution constatée au niveau national.

Dans quatre départements, l’incidence résultante est en croissance.

Elle n’a baissé qu’en Mayenne.

En relation là encore avec la dynamique épidémique concernant les personnes âgées de plus de 65 ans puisqu’en Mayenne, l’évolution du taux d’incidence des plus de 65 ans s’est inversée et décroit depuis le 22 octobre.

Et cela a des conséquences sur la santé et le système de soins ligériens.

L’amenuisement de l’immunité chez les plus de 65 ans dont la vaccination remonte au-delà de 6 mois explique un flux accru d’entrées en réanimation de ces personnes à risque. Accroissement décalé de 15 jours suivant la montée de l’incidence.

Ce flux d’entrée en réanimation concerne presque exclusivement des personnes de plus de 65 ans.

Mais selon deux types de populations.

D’une part des personnes ayant un schéma vaccinal complet mais ancien, de plus de 6 mois, donc d’efficacité amoindrie.

Et d’autre part des personnes n’ayant pas été vaccinées du tout.

Le taux de couverture vaccinal est de 92% chez les plus de 75 ans alors qu’il est de 98% parmi les population 65 à 75 ans.

Il resterait à commencer à vacciner en Pays de la Loire 9000 personnes de 70 à 79 ans et 16 000 de plus de 80 ans.

Devant ce tableau épidémique caractérisant ces risques pour la santé des ligériens en Pays de la Loire, trois mesures s’imposent : rappel vaccinal des personnes vaccinées il y a plus de 6 mois, vaccination des personnes âgées encore non vaccinées et renforcement des mesures barrières et de distanciation.

Première priorité : le rappel vaccinal des personnes de plus de 65 ans complètement vaccinées depuis plus de 6 mois.

La campagne de rappel vaccinal des plus de 65 ans vaccinés depuis plus de 6 mois est commencée depuis la seconde quinzaine d’aout.

Sans surprise elle a démarré avec une croissance forte puisqu’en 4 semaines 50% des personnes éligibles se sont vaccinées.

Puis elle s’infléchit avec seulement 5% supplémentaires durant les 4 semaines suivantes.

Atteignant 57% de la population éligible en Pays de la Loire fin octobre.

Mais un train en cache un autre.

L’évolution du taux de vaccination des personnes éligible au rappel et vaccinée avec cette troisième dose est la résultante de deux données :

  • D’une part au numérateur le nombre de nouvelles personnes qui se sont vaccinées parmi les personnes éligibles au rappel.
  • Et d’autre part, en même temps, au dénominateur le nombre de personnes nouvellement éligibles au rappel parce que leur vaccination date de plus de 6 mois.

Si le dénominateur (les personnes éligibles) croît proportionnellement plus vite que le numérateur (les personnes vaccinées) alors la croissance du taux de vaccination ralentit !

Le taux de vaccination lui-même peut diminuer alors que l’on vaccine toujours plus de personnes !

Pourquoi ?

Souvenons-nous que la vaccination des plus âgés a commencé lentement au mois de janvier puis s’est accélérée au fur et à mesure qu’augmentait la disponibilité des vaccins.

Ce qui explique dans nos tableaux de suivi que l’on voit la couverture vaccinale par le rappel décroitre au fil du temps alors que l’on vaccine toujours plus de personnes.

Or ce qui importe c’est bien le taux de couverture vaccinale.

Il faut donc bien que les personnes se vaccinent au fur et à mesure de la perte de leur immunité à compter du 6ème mois suivant leur vaccination complète.

Tableau 1 : Taux de couverture vaccinale pour le rappel vaccinal des plus de 65 ans éligibles en région Pays de la Loire (éligible = vaccination complète datant de plus de 6 mois)

 

65-69 ans

70-74 ans

75-79 ans

80-84 ans

85 ans et + 

65 ans et + 

Sem.23/08/21

36.4%

26.8%

5.5%

4.2%

1.4%

6.6%

Sem.30/08/21

40.6%

31.0%

13.4%

10.1%

3.5%

11.2%

Sem.06/09/21

44.8%

36.0%

24.0%

19.3%

8.2%

18.5%

Sem.13/09/21

51.5%

45.2%

34.5%

32.3%

22.1%

30.8%

Sem.20/09/21

58.3%

52.8%

42.6%

43.8%

37.6%

42.5%

Sem.27/09/21

65.9%

58.5%

49.1%

52.1%

49.6%

51.6%

Sem.04/10/21

66.9%

60.0%

52.2%

55.4%

55.4%

55.6%

Sem.11/10/21

63.9%

55.9%

52.1%

55.5%

57.1%

55.6%

Sem.18/10/21

60.7%

53.0%

52.8%

56.1%

57.5%

55.6%

Sem.25/10/21

57.1%

46.1%

56.7%

60.1%

59.4%

56.7%

Deuxième priorité : vacciner les personnes de plus de 65 ans qui ne sont pas encore vaccinées.

Elles sont 9000 personnes entre 70 et 80 ans et 16 000 personnes de plus de 80 ans.

La mobilisation est déployée dans de multiples directions pour donner leur chance d’être vaccinées a toutes celles qui le souhaitent mais n’ont pu recevoir l’information adaptée ou accéder à la vaccination.

 Ce sont les personnes probablement les plus éloignées des soins, ou dont la situation physique ou sociale leur fait considérer d’autres priorités.

Les médecins généralistes, les pharmaciens, les infirmiers sont les mieux à même de les atteindre. C’est pourquoi l’organisation de la logistique de vaccination s’adapte pour faciliter leur intervention. Les centres de vaccination poursuivent également leur activité mais à flux plus réduit, adapté à la demande.

Troisième priorité : freiner la progression du virus par les mesures de santé publique de prévention.

Ce sont les recommandations désormais classiques et bien connues.

Là où le taux d’incidence est supérieur à 50 /100 000, port du masque obligatoire dans les espaces recevant du public. Et recommandé dans tous les rassemblements privés.

Eviter les regroupements en intérieur. Une raison de l’interdiction de consommation d’alcool dans les lieux publics.

Aération des locaux fermés.

Pass sanitaire partout où il est utile et requis.

Et bien sûr, lavage des mains, distanciation…

Enfin, isolement lorsque l’on est identifié cas contact et appui aux services de l’assurance maladie et de l’ARS dans l’enquête permettant l’identification des cas et des clusters.

Nous ne savons quelle sera l’ampleur de cette situation épidémique préoccupante en Pays de la Loire.

Ni si elle saturera le système de soins et quel impact durable elle aura sur la santé des ligériens.

Mais c'est l’intérêt de chacune et chacun d’entre nous, d’éviter de nouvelles mesures de restriction et surtout une pression excessive sur le système de soins dont les équipes sont épuisées, les renforts difficiles à mobiliser et l’enjeu impératif de protéger les ligériens les plus vulnérables (âgées et/ou avec comorbidités et/ou précaires).

Alors que les épidémies hivernales ont commencé plus tôt que prévu à exercer leur pression.

Encore une fois c’est de la contribution raisonnée de chacun au contrôle de l’épidémie que dépend notre capacité à tenir, ensemble face à cette nouvelle vague.

Ensemble, saisissons cette chance.

En solidarité.