Covid-19 : La chronique du Dr Pierre Blaise au 4 avril 2021

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Devant la pression de l’épidémie, menaçante pour notre système de santé ligérien et plus spécifiquement pour la réanimation, des mesures collectivement plus contraignantes viennent d’être prises par le président de la république. Elles s’étendent désormais à tous nos territoires métropolitains.

Corps de texte

*Les analyses présentées dans cette chronique régulière s’appuient sur le travail multidisciplinaire quotidien de toute une équipe au sein de l’ARS sans laquelle cette chronique ne pourrait exister.

Tout le monde l’aura compris, l’objectif de ces mesures est de réduire la circulation virale pour freiner l’épidémie et amortir le choc de cette 3ème vague pour la santé des ligériens et sur l’offre de soins, en attendant l’impact de la vaccination.

Tenir encore.

Quelques semaines.

C’était pourtant « bien parti » à la rentrée.

L’explosion redoutée de la circulation virale après les fêtes n’a pas eu lieu.

Grâce à la vigilance de tous.

Elle commençait même à diminuer de façon marquée à partir de la fin janvier et durant la première quinzaine de février (graphique).

Le taux d’incidence descend jusqu’à 119/100 000 le 15 février.

Alors que la vaccination produisait ses premiers effets sur les résidents des EHPAD et USLD dont on constatait la chute du nombre de décès, protégés par un taux de couverture vaccinale significatif qui atteint aujourd’hui près de de 94% de résidents protégées par une première injection et 77 % complètement vaccinés.

Mais le variant britannique, beaucoup plus contagieux et plus virulent, décelable dans nos dépistages début janvier dans la région et devenu progressivement majoritaire en mars, vient changer complètement la donne.

Fin mars le taux d’incidence est à 277 /100 000 habitants.

Une semaine plus tard le 4 avril il est à 305 /100 000. (Graphique).

Un variant britannique du virus qui change tout

Il change tout parce qu’il fait varier le taux de reproduction, le désormais fameux « R effectif », qui représente le nombre de personnes qu’une personne infectée peut contaminer.

Inférieur à 1 l’épidémie régresse.

Supérieur à 1, elle accélère.

Le R effectif, fin janvier en Pays de la Loire est de 0,8. Le variant britannique est apparu, mais il ne domine pas encore.

L’épidémie régresse alors puisque 10 personnes n’en contaminent que 8.

Grâce au mesures de contrôles collectives et individuelles, le taux d’incidence baisse jusqu’à la mi-février.

Mais, avec la progression du variant, le R effectif augmente, dépasse 1, atteint 1,29 ce 1er avril.

10 personnes en contaminent presque 13. Et alors l’épidémie accélère.

Fortement.

Malgré les mesures de contrôles légitimes et toujours en vigueur.

Alors même que les comportements n’ont pas changé, restés aussi prudents (malgré quelques imprudences).

La mutation de ce variant, en le rendant plus contagieux, lui donne, en effet, un avantage compétitif très important sur le virus historique.

Il l’élimine de l’écosystème et prend sa place.

Et au passage, amenant le taux de reproduction au-dessus de 1, relance l’épidémie.

Comme sa mutation le rend aussi plus dangereux, puisqu’on constate qu’il provoque plus de décès parmi les personnes infectées, la combinaison contagiosité/gravité fait évoluer de façon exponentielle non seulement le taux d’incidence mais aussi la mortalité et la morbidité.

Ce ‘nouveau’ virus ne nous laisse pas le choix.

Il faut redoubler de vigilance.

C’est-à-dire renforcer la distanciation physique, renforcer les obstacles physiques à sa diffusion et en premier lieu le port du masque.

Et donc, des mesures de contrôle renforcées de l’épidémie viennent d’être prises.

Mais puisque ce sont des mesures d’ordre public, leur obligation ne s’applique pas dans la sphère privée. Sinon sous forme de recommandations.

 

Ne l’oublions pas, le virus ne passe que par nous.

Sans nous, sans nos contacts physiques de proximité, il ne peut se multiplier. Donc survivre.

On le sait désormais, l’essentiel des contaminations passe par les postillons que l’on s’envoie de l’un à l’autre, quand on parle sans masque.

Encore plus si l’on chante ou si l’on hausse la voix.

Postillons parfois si fins qu’il restent en suspension dans l’air, dans un espace clôt que l’on n’aère pas. D’autant plus, que l’on peut être nombreux dans un espace confiné.

Postillons qui se transmettent aussi en extérieur. On ne le dit pas assez.

Pas quand on se promène le « nez au vent » bien sûr.

Mais quand on se parle en face à face sans masque.

Même dehors.

Les recommandations qui s’appliquent à la sphère privée invitent à ne pas mélanger entre elles nos ‘bulles sociales’.

Notre ‘bulle sociale’, c’est le petit groupe de personnes, famille rapprochée, colocataires, collègues ou amis très proches ..., avec lequel on vit ensemble au quotidien, sans masque et mesure barrière, parce que ce serait simplement invivable.

Quand le taux d’incidence est très élevé (dans certains territoires, il peut dépasser 1000/100 000), sur cinq groupes qui rassemblent chacun 15 - 20 personnes, mélangeant plusieurs bulles sociales, au moins l’un de ces groupes comprendra une personne contagieuse.

Elle contaminera beaucoup de personnes si l’on est dans un espace clôt.

Au moins quelques-uns si l’on est dans un parc, sur une esplanade, sur les berges d’un fleuve...

En quelques jours c’est 20, 30 personnes de plus contaminées. Qui elles-mêmes …

Se rencontrer, c’est 6 maximum, de préférence dehors, sans partager un verre, avec le masque en permanence. Arrivé après le repas, parti avant l’apéro !

Ne pas mélanger les bulles sociales, cela veut dire tout simplement de ne pas aller se retrouver, de ne pas aller les uns chez les autres.

Sauf, si c’est vraiment indispensable.

Et si on se retrouve quand même, pas plus de 6, de préférence à l’extérieur.

Et surtout avec le masque, en se lavant régulièrement les mains.

Sans baisser le masque pour parler...

C’est à dire sans faire ce que tous les humains font, depuis qu’ils font société, et ce, dans toutes les cultures.

Sous toutes les latitudes. Quand ils se rencontrent, ils partagent un verre ou un repas ou un moment convivial.

Pas un village de brousse en Afrique où les coqs ne se sentent en danger quand un invité arrive au village...

Pas une maison d’hôte en Orient, où l’on n’offre le thé au voyageur de passage...

Pas une oasis du désert, où l’on ne vous propose à boire, quand vous cherchez l’ombre...

Pas un départ en retraite sans un pot...

Pas un anniversaire sans gâteau, et ce dès la tendre enfance.

Pas un noël, sans bûche...

Pas un ramadan sans miel...

Pas une fête de la musique sans bière et cocktails, avec ou sans alcool...

Pas une pause sans café ou autre boisson chaude...

… Et pas de retrouvailles en famille et/ou avec des amis sans un repas, sans apéro...

C’est normal. On fait confiance à ses proches, à ses amis : comment imaginer qu’ils puissent vous rendre malades ?

Mais l’ami, le proche peut être contagieux, le plus souvent sans le savoir.

Il ne s’agit pas de se méfier les uns des autres.

Il s’agit d’avoir confiance qu’il ne vous contaminera pas.

Il s’agit d’être confiant qu’on ne le contaminera pas.

 

En parlant de confiance, les mesures proposées reposent justement sur la conviction que le sens des responsabilités l’emportera sur la lassitude.

 

Effectivement c’est de la retenue de chacun d’entre nous, des actions de « colibris », dans la sphère privée, que repose ‘le dernier kilomètre’ de cette lutte contre le virus.

Peut-être la dernière grande bataille.

Ce kilomètre qui n’est plus borné, cette fois, par une attestation !

Cet interdit au-delà du kilomètre qui nous empêchait de voir nos proches et nos amis, nous confinant strictement dans une bulle sociale unique.

Alors, si on se rencontre quand même, parce qu’on a tant besoin de se voir. Tant besoin de se soutenir. Après ces mois de freinage pour éviter un mur qui ne semble jamais reculer suffisamment.

C’est avec le masque en permanence sur le visage.

Indispensable.

Vissé sur le visage dès qu’on se parle.

Dedans comme dehors.

Et c’est sans verre à la main. Et avec des mains que l’on lave régulièrement.

Et si on se rencontre quand même, dehors ou dedans.

Ce n’est pas à plus de 6

Et on y va après avoir mangé et on se quitte avant l’apéro.

C’est tellement contre nature.

Evidemment.

Mais pour les semaines qui viennent c’est notre viatique commun.

Il s’agit de transformer ce km qui était infranchissable pour se retrouver hier, en un ‘dernier km’ qui soit efficace par notre prudence et vigilance pour freiner le virus, dès aujourd’hui.

Et permette à la vaccination, démultipliée avec l’arrivée très importante des doses, de nous libérer des contraintes que les risques du virus font peser sur les plus fragiles.

Et pas seulement les plus fragiles...