COVID-19 : la chronique du Dr Pierre Blaise au 2 mars 2021

Actualité
Date de publication

Les variants du virus de la Covid sont là. Et ils poussent ! Durant la semaine dernière, l’incidence étaient repartie à la hausse. Nous ne sommes en réalité jamais vraiment sortis de la deuxième vague de novembre.

Corps de texte

Les analyses présentées dans cette chronique régulière s’appuient sur le travail multidisciplinaire quotidien de toute une équipe au sein de l’ARS sans laquelle cette chronique ne pourrait exister.

Alors que les mesures publiques de contrôle du virus, couvre-feu, activités commerciales, culturelles et étudiantes restreintes et télétravail renforcé, commençaient à porter leurs fruits, faisant baisser enfin l’incidence, la circulation croissante des variants du virus, plus contagieux, vient d’inverser la tendance, même si les vacances scolaires nous protège encore un peu.

Une extrême vigilance est de mise.

De la somme des actions de chacun si petites soient-elles, des actions de colibris, pour réduire les opportunités du virus de se transmette dépendra notre capacité à faire la jonction avec les premiers effets attendus de la vaccination et peut-être d’éviter des mesures plus contraignantes pour protéger notre système de santé de la saturation.

Le 2 novembre avec 2000 nouveaux cas par jour et un taux d’incidence de 431 contamination pour 100 000 habitants sur 7 jours glissants nous atteignions le pic de la seconde vague.

Nous étions alors en confinement, certes moins sévère qu’en mars puisque les écoles restant ouvertes et que l’activité économique n’était pas totalement arrêtée.

Mais la décroissance régulière de l’incidence qui a suivi s’est brutalement interrompue le 26 novembre.

Comme partout en France.

Stoppée à un taux d’incidence de 85/100 000. 464 nouveaux cas par jours. Un nombre divisé par 4 en trois semaines.

Le taux de 50/100 000, la cible à atteindre correspondant pour les Pays de la Loire à la cible nationale de 5000 contaminations par jour n’aura donc pas été atteint.

En conséquence, le déconfinement du 15 décembre est resté limité.

Le couvre-feu à 20h puis à 18h a été instauré et des recommandations très appuyées ont été faites pour la période à haut risque des fêtes de fin d’année. En raison du brassage de population habituellement intense résultant des retrouvailles familiales de noël et amicales du 31 décembre.

La hausse très modérée du nombre des contaminations s’est poursuivie durant toute la période des fêtes. Mais les données étaient ininterprétables car l’intense activité de dépistage spontané de très nombreuses personnes afin de pas faire courir de risques à leurs proches a entraîné l’identification d’un nombre significativement accru de très nombreuses personnes asymptomatiques.

Il n’était alors pas possible de savoir si l’augmentation apparente du nombre de contaminations était réelle ou provoquée par ce dépistage accru.

D’autant plus que le taux de positivité avait fortement diminué parallèlement à l’augmentation du taux de dépistage.

Nous avons longuement expliqué dans les chroniques de cet été les subtilités de l’interprétation des différents indicateurs.

C’était donc avec appréhension que nous suivions l’évolution des indicateurs en début d’année. Redoutant une flambée épidémique après le ‘brassage’ des fêtes.

D’autant plus que nous constations depuis le 26 novembre une augmentation certes lente mais régulière de l’incidence.

A deux reprises, le 9 puis le 15 janvier nous avons cru que l’accélération exponentielle redoutée se produisait. Mais il s’agissait de fausse alertes.

Et durant le mois de janvier, l’occupation des services de réanimation de la région par des patients atteints de formes graves du Covid est resté stable autour de 75 lits.

 

Figure 1 Evolution du taux d’incidence jusqu’au 28 février 2021 (Source SI DEP)

 

Comme la capacité en lits de réanimation avait été portée à 259 lits, 80 lits de plus qu’avant la crise, l’accueil des autres patients éligibles à la réanimation a pu être poursuivie tout en conservant 15% de lits disponibles pour faire face à une recrudescence d’admission de patients Covid +.

Un taux décidé entre l’ARS et les 5 groupements hospitaliers de territoire de la région pour ajuster en permanence et en sécurité le nombre de lits ouverts en réanimation en fonction de la pression épidémique.

Dans derniers jours de janvier, le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes n’augmente plus. Restant sur un plateau indécis, sorte de faux plat avec un taux d’incidence un peu au-dessus de 160/100 000.

Puis il redescend passant en deux à trois semaines de 160/100 000 à 120 le 16 février.

Soit 909 nouveaux cas par jour. Moitié moins qu’au pic du 2 novembre. Mais deux fois plus qu’au 26 novembre.

Pour autant, le nombre de décès quotidien du covid, de 10 à 12 est resté à un niveau continuellement élevé depuis novembre.

Et la pression sur l’hospitalisation est restée très forte. Variant au fil du temps selon les territoires et impactant plus la partie continentale de la région, Maine et Loire, Sarthe et Mayenne.

Nous n’avions pas la berlue, la baisse de l’incidence était engagée depuis la fin janvier, lente mais régulière.

Le pari de la confiance accordée au sens des responsabilités de chacun pour trouver un équilibre entre réduction des comportements à risque et pression du virus pour se répandre allait peut-être être gagné.

Sans confinement strict.

Avec des mesures d’ordre public –couvre-feu, port du masque, interdiction des rassemblements, fermetures des restaurants et bars et des lieux rassemblant du public non indispensable à la vie quotidienne.

Et l’auto discipline d’une population qui maitrise de mieux en mieux les gestes barrière et la distanciation.

Par ailleurs, depuis novembre, la stratégie ‘TAP’, « tester alerter protéger » avait été considérablement renforcée.

En particulier dans sa dimension P comme ‘protection’.

Par la mise en œuvre d’un soutien renforcé à l’isolement pour le rendre efficace et supportable.

Appels téléphoniques, visite à domicile d’une infirmière pour aider à l’organisation de l’isolement, TAP ‘3 en 1’ : au cours de la visite à domicile, l’infirmier trace et identifie les cas contacts, les dépiste sur place et aide à l’organisation de l’isolement. Quitte à proposer services à domicile, portage de repas ou hébergement alternatif.

Et la capacité à tester ne fait plus débat. Depuis le début de l’été, mis a part l’embouteillage de la rentrée scolaire les résultats sont rendus en quelques heures, dans la journée. Au plus tard en 24 heures.

Y compris durant la très forte demande qui a précédé les fêtes de fin d’année où le délai de rendu des résultats ne s’est accru que de deux petites heures –de 15 à 17h – alors même que l’on est passé de 1844 tests /100 000 habitants (c’est-à-dire un peu plus de 70 000 tests réalisés dans la région durant la deuxième semaine de décembre) à 4017 tests / 100 000 habitants (c’est-à-dire un peu plus de 150 000 test durant les 7 jours précédant Noël), puis à 2193 / 100 000, (soit un peu plus de 80 000 tests durant les 7 jours précédant le jour de l’an).

Avec la baisse de l’incidence, nous aurions dû reprendre l’espoir d’une reprise de contrôle de l’épidémie qui permette de prendre le relai des mesures contraignantes par un contact tracing facilité et de faire la jonction avec une couverture vaccinale suffisante pour amplifier la décélération et sortir enfin de cette situation qui épuise tout le monde.

Pourquoi donc la baisse qui était bien entamée depuis début février s’est-elle arrêtée et l’incidence repartie à la hausse ?

C’était hélas sans compter sur l’impact des variants du virus qui se sont invités chez nous probablement avant ou pendant les fêtes.

La courbe que l’on observe est la résultante de deux courbes reflétant deux épidémies qui s’additionnent et se neutralisent en suivant deux pentes opposées.

On observe d’un côté la courbe épidémique du virus original, historique, qui a probablement atteint mi-janvier une sorte de plateau en guise de pic

Puis a commencé à décroitre.

Probablement parce qu’il était freiné par les couvre-feux successifs et l’efficacité croissante de chacun d’entre nous à maitriser les gestes barrières, la distanciation physique et éviter le brassage des bulles sociales.

Cette baisse d’incidence se trouve effectivement et logiquement tout à fait corrélée avec ce concept « R » désormais bien connu : le taux de reproduction. Il représente le nombre de personnes qu’une personne contagieuse contamine en moyenne.

Fin janvier, le taux de reproduction est en effet estimé autour de 0,7 – 0,8. Autrement dit, dix personnes n’en contaminant plus que 7 ou 8. L’épidémie régresse au fil des contaminations.

C’est avec un taux de reproduction du même ordre que nous avions obtenu la baisse de l’incidence qui a conduit au déconfinement de mai après la première vague épidémique.

D’un autre côté malheureusement, et probablement depuis le mois de décembre, les variants se sont introduits dans la partie.

Leur poids dans l’épidémie est resté au départ insignifiant.

Rappelons-nous. La courbe d’une épidémie suit une croissance exponentielle.

Elle démarre lentement tant qu’elle est horizontale puis elle se verticalise plus ou moins rapidement et connait alors une croissance exponentielle qui s’accélère jusqu’à atteindre un pic.

Lorsque le virus ne trouve plus suffisamment de personnes ‘sans défenses’ c’est-à-dire qui ne sont pas protégées par les anticorps générés par la maladie, et qui sont encore susceptibles d’être infectée, la courbe décroît, l’épidémie régresse.

Ce peut être parce que le seuil d’immunité collective est atteint. C’est peu probable.

Ou bien parce que la population se confinant, les opportunités de rencontre se raréfient pour le virus

Pendant toute la période initiale où le variant s’installe, sa courbe reste horizontale et basse.

Et l’addition des deux courbes, reflétée par la courbe d’incidence, reste orientée principalement par l’incidence majoritaire du virus ‘historique’. Orientée à la baisse.

Nous savons cependant qu’il est là.

Et qu’il faut le débusquer.

Lorsqu’un variant est suspecté, parce que le tracing ‘rétrospectif’, en amont, a révélé une source de contagion liée à une personne en relation avec l’Angleterre ou l’Afrique du sud (voyage récent), le contact-tracing, en aval, des personnes contacts à risque de provoquer de futures chaines de transmission et leur isolement est intensifié.

Puisque les variants anglais, sud-africain et brésiliens sont 50% plus contagieux, ils finissent par accélérer plus vite que le virus historique ne décélère.

L’intensité des mesure barrières et de la distanciation qui étaient efficaces sur le virus l’historique en janvier ne suffit plus pour tenir en respect les variants.

Et cela se traduit par une accélération de l’incidence.

Qui se commence à se voir : Inévitablement le variant fini par peser plus lourd sur l’orientation de la courbe d’incidence.

C’est sans doute ce qui a dû se passer le 16 février quand l’orientation de la courbe d’incidence s’inverse. Redescendu à 120/100 000 le 16 février, il repart à la hausse.

Et Le 26 février, dix jours plus tard, il est à 151/100 000.

Nous avons confirmation de ce funeste scénario quelques jours plus tard quand les résultats du ‘criblage’ des PCR positive révèlent que la proportion de tests PCR positives pour l’un des variants a franchi la barre des 50% entre le 17 et le 23 février.

Un seuil qui a marqué le tournant de l’accélération épidémique liée à l’apparition du variant en Angleterre ;

C’est pourquoi, il faut à tout prix de ralentir sa progression si l’on veut contrôler l’épidémie dans l’épidémie.

Il faut donc mettre en œuvre un contact-tracing particulièrement vigoureux vis-à-vis du variant.

Exactement comme nous le faisions il y a exactement un an avec le virus historique lorsqu’il commençait à diffuser sur notre territoire. Mais avec des moyens considérablement accrus.

Nous avons longuement expliqué dans la chronique précédente du 5 février comment s’opérait cette identification des variants.

Ils touchent aujourd’hui tout le territoire régional.

Tableau extrait du bulletin d'information régional du 23 février 2021.

Au 23 février, 60% des tests PCR ou antigéniques positifs sont ‘criblés. Parmi eux 49% se révèlent positif en Pays de la Loire pour l’un des trois variants considérés comme préoccupants (table). La majorité, 44%, concernent le variant dit ’anglais’ et 5 % le variant dit ‘sud-africain/brésilien’.

Une semaine plus tard, au 3 mars, alors que 67% des tests positifs sont ont pu être criblés, 2183 (52%) des tests positifs le sont désormais pour le variant anglais et 267 (6,4 %) pour le variant Sud-Africain/Brésilien.

‘Cribler’ un prélèvement PCR positif consiste à le tester à nouveau. Mais par un kit PCR spécifique qui permet d’identifier s’il s’agit d’un variant et de préciser si ce variant est un variant dit ’anglais’ ou s’il s’agit d’un variant Sud-Africain/Brésilien (Le kit ne permet pas à ce stade de les différencier.)

Un séquençage systématique des prélèvement PCR est ensuite réalisé qui consiste à séquencer tout (ou parfois partie) du génome du virus. On peut ainsi confirmer qu’il s’agit bien d’un variant et lequel.

Voire identifier de nouvelle mutation. Ou même un nouveau variant si une mutation identifiée correspond à des modifications des qualités du virus.

L’Angleterre, l’Irlande, puis Nice et Dunkerque ont connu le même tournant.

Comme en Angleterre, le virus historique va probablement progressivement s’effacer devant les variants.

Parce qu’il est plus contagieux.

Il est également probablement responsable de pathologie plus sévère. On a en effet constaté que les hospitalisations étaient devenues plus fréquentes avec la montée en charge du variant.

Pour autant, il ne semble pas qu’une fois hospitalisé la proportion des décès ou des personnes relevant de la réanimation ne soit plus important. Autrement dit lorsqu’on est hospitalisé la probabilité de devoir aller en réanimation ou de mourir n’est pas plus élevée.

Mais mécaniquement, si le nombre absolu de personnes hospitalisées augmente, alors il en va de même du nombre absolu des décès et personnes en réanimation.

C’est en effet la contagiosité accrue qui est la plus préoccupante.

Un variant qui serait responsable d’une proportion accrue de formes grave, à contagiosité inchangée, entraîne un accroissement proportionnel au nombre de nouveaux cas.

Un variant responsable d’une contagiosité accrue, même à gravité inchangée, entraîne un accroissement exponentiel des formes graves dès lors que le taux de reproduction R dépasse 1.

C’est la pression extrême et croissante sur le système de soins déclenchée par le variant qui a conduit l’Angleterre et l’Irlande à reconfiner leurs populations très strictement et de façon prolongée depuis plusieurs mois.

Maintenant que les variants sont là, peut-on encore anticiper et surtout freiner leur impact ?

Va-t-on pouvoir en reprendre le contrôle ?

Et à quel prix ?

Certes, depuis une semaine, nous observons une légère embellie : le taux d’incidence est redescendu entre le 26 février et le 2 mars de 151 à 147/100 000 suivant un ‘faux plat’ descendant.

Les vacances scolaires ont sans doute aidé. Et puis une attention probablement accrue aux gestes barrière face à la flambée épidémique que connaissent plusieurs villes de France.

Mais l’embellie pourrait n’être que de courte durée.

Si l’on se fie à ce qui s’est passé en Angleterre, avec un variant moitié plus contagieux, le taux de reproduction prend d’un coup 0,4 points.

Qui viendra s’ajouter au taux de reproduction de 07 à 0,8 que nous connaissions avec le virus historique encore prédominant en janvier, ‘toutes choses étant égales par ailleurs, c’est-à-dire si on ne changeait rien aux conditions dans lesquelles le virus se transmet, mesures de contrôle comprises.

Ce qui veut dire qu’une fois les variants devenus dominants, le taux de reproduction s’élèvera pour atteindre entre 1,1 et 1,2.

Ce qui veut dire que l’épidémie ne peut que s’accélérer.

… Si rien ne change.

Et c’est ce que montrent les modélisations.

Et c’est ce que démontre la situation à laquelle les villes de Nice et de Dunkerque sont confrontées

… si rien ne change !!

Tout est dans cette condition.

Il ne tient qu’à nous de faire mentir les modélisations. Elles sont élaborées pour cela. Pour que nous trouvions l’énergie de les faire mentir.

Et nous avons encore une fois la chance d’avoir quelques jours d’avance dans la connaissance de ce qui pourrait se passer.

Certes si nous étions à un taux d’incidence inférieur à 50/100 000 ce serait plus confortable.

Mais avec un taux d’incidence à 150/100 000 il nous reste encore un peu de marge pour réagir.

Mais il ne faut pas perdre de temps car nous atteignons dans la région des taux d’occupation des lits hospitaliers et de réanimation qui sont déjà élevés

Or nous l’avons maintes fois expliqué. C’est la saturation des lits de réanimation et la pression excessive sur le système de soin qui représente l’impact principal qui nous préoccupe.

C’est la perspective d’un afflux massif de patients, qui finit par être saturé quelles que soient les capacités du système, qui est insupportable parce que ses conséquences ne seraient pas supportées.

Ceux qui ont essuyé les premières vagues, du virus originel frappant l’Italie ou du variant frappant il l’Angleterre il y a quelques semaines les ont approchées :

Incapacité à prendre en charge des pathologies ou accidents ordinaires, décès en nombre, visibles, personnel soignants dépassés.

Pour le moment, compte tenu du décalage dans le temps de l’effet sur l’hospitalisation, c’est encore l’impact du virus historique qui est visible sur les taux d’occupation des lits d’hospitalisation ou de réanimation.

Mais puisque le variant pourrait dominer dans une quinzaine de jours, on pourrait voir commencer dans 7 à 14 jours, si rien ne change, une accélération des admissions à l’hôpital et en réanimation.

Et c’est ce que nous redoutons, Maintenant tout le monde l’a bien compris.

L’enjeu aujourd’hui est donc bien de faire mentir les modélisations.

Aujourd’hui, les estimations du taux de reproduction le positionnent à 1,09.

Autrement dit l’épidémie croît encore lentement puisque 10 personnes en contaminent à peine moins que 11.

Nous étions à 0,8 il y a 15 jours.

Le variant ferait prendre 0,4 point.

Nous sommes à 50% de variants.

La variation du taux de reproduction est cohérente jusqu’à présent.

Par conséquent, lorsqu’il aura pris la place du virus historique, nous pourrions être à 0,8 + 0,4 = 1,2

L’objectif est clair : il faut donc gagner 0,2 points de taux reproduction pour redescendre le taux de reproduction au-dessous de 1 et au moins stabiliser sinon commencer à voir régresser l’épidémie poussée désormais par le variant.

Comment ?

En actionnant résolument les trois leviers de contrôle de l’épidémie :

  • Prévenir par les gestes barrière et la distanciation renforcée et réduire encore le brassage entre nos bulles sociales.
  • Tester tracer et surtout protéger par l’isolement en l’accompagnant pour le soutenir, afin de casser les chaînes de transmission. Dans la précédente chronique du 5 février, Nous avons explicité l’approche renforcée qui est mise en œuvre pour cela dans la région. Et de façon d’autant plus intense qu’il s’agit d’un variant possible ou confirmé.
  • Vacciner le plus efficacement possible les personnes les plus à risques de complications.

Cela signifie renforcer encore un peu plus la pratique des mesures barrières et la distanciation.

Les agents de l’assurance maladie et de l’ARS qui assurent au quotidien le contact tracing le confirme. La plupart des personnes contaminées savent où elles l’ont été.

C’est en relâchant la vigilance dans la convivialité des moments de pause au travail, dans entreprises … y compris paradoxalement dans les établissements de santé.

C’est en élargissant le cercle des amis ou de la famille élargie, le WE ou en vacances.

Très concrètement, cela veut dire différer les occasions de se rencontrer à plusieurs et surtout de mélanger les bulles sociales intimes dans lesquelles nous vivons au quotidien au travail, en famille.

Et c’est d’autant plus difficile que c’est précisément de proximité sociale dont nous ressentons le plus le besoin pour tenir, ensemble, dans cette tempête. Car nous sommes avant tout des êtres sociaux.

Une étude récente sur le bonheur démontre que ce ne sont ni la possession des biens matériels, ni la position sociale, qui détermine le bonheur mais avant tout l’intensité et la qualité des relations sociales que nous entretenons.

Et ce sont ces interactions donc ressentons le besoin pour tenir.

Mais ce sont précisément ces opportunités que le virus dans une extrême perversité attend pour passer d’une bulle l’autre.

Et ce avec d’autant plus d’efficacité qu’il a amélioré, ‘en variant’, l’équipement de sa couronne pour sauter plus vite, plus loin, plus profond d’une personne à l’autre et se répandre de proche en proche, de bulle en bulle !

Alors pour tenir, il faut se dire que l’on va commencer à apercevoir le bout du tunnel.

La vaccination devrait commencer à porter ses tous premiers fruits … et peut être valider finalement peut être assez rapidement la stratégie vaccinale et l’ordre de priorité que nous avons retenue.

Rappelons tout d’abord à quel point il est exceptionnel de pouvoir disposer d’un vaccin tout juste un an après l’apparition d’un virus. Les délais de découverte et de mise au point d’un vaccin se comptent plus souvent en décades qu’en années.

La vaccination n’a commencé qu’il y a tout juste deux mois.

Certes la couverture de la population générale éligible de plus de 18 ans n’atteint même pas 5%.

Loin de l’immunité collective.

Mais si l’on regarde l’immunité ‘sélective’. Autrement en fonction des tranches d’âge et donc des risques.

Alors les progrès sont manifestes et les effets pourraient ne pas être loin de commencer à se faire sentir

Aujourd’hui dans les EHPAD nous atteignons un taux de couverture vaccinale de 90% de personnes vaccinées avec la première dose et 65% de personnes complètement vaccinées.

Et la vaccination dans les résidences seniors et autres foyers pour personnes âgées a commencé. 18 000 doses de vaccin Moderna pour les 18 000 résidents de ces établissements sont dores et déjà pré-réservées.

Au total en seulement deux mois, ce sont déjà 26% des personnes âgées de plus de 75 ans qui ont reçu une première dose de vaccin et 14% % qui sont complètement vaccinées.

En moins de 6 semaines.

Certes un nombre très important de personnes âgées de plus de 75 ans vivant à domicile rencontrent de réelles difficultés pour obtenir un rendez-vous ou se rendre dans les quelques centres de vaccination aujourd’hui ouverts.

Certes ce sont probablement d’abord les plus autonomes, les plus accompagnés et peut être les moins fragiles qui en ont bénéficié en premier.

Mais cela permet de ‘faire nombre’ plus rapidement.

Et d’atteindre une masse critique de personnes protégées dans ces tranche d’âge.

C’est très important pour réduire l’impact de l’épidémie. Et c’est bien cela le plus important au moment où le variant accélère l’épidémie.

Bien évidemment, à mesure que le dispositif de vaccination s’installe et que les approvisionnements s’intensifient, les modalités de vaccination vont se diversifier pour permettre à tous et à tous âges d’accéder à la vaccination. Des modalités d’équipes mobiles pour ‘aller vers’ ou de transports organiser pour ‘amener vers’ sont en cours d’élaboration.

La vaccination des personnes de 50 à 64 avec des comorbidités constituant des facteurs de risque de formes graves nécessitant hospitalisation ou réanimation a également commencé avec le vaccin AstraZeneca.

Débutée dans les centres de vaccination, et dans les établissements de santé pour vacciner les soignants, elle s’élargit désormais aux médecins généralistes qui peuvent s’approvisionner dans les pharmacies et commencer à vacciner cette catégorie de patients à risque et qu’ils sont le mieux à même d’identifier pour sélectionner les personnes les plus prioritaires dans l’attente d’une amplification de la disponibilité des doses de vaccin.

Une excellente nouvelle concernant ce vaccin AstraZeneca vient du front anglais de l’épidémie où la vaccination a touché suffisamment de personnes pour qu’on puisse tirer des enseignements statistiquement valides ‘en population réelle’, au-delà des données de laboratoire déjà connues.

Une étude écossaise confirme l’efficacité de ce vaccin à 94% pour réduire les risques d’hospitalisation. C’est exceptionnel. Et contrairement à ce que l’on craignait, cette efficacité reste de 81 % pour les personnes au-delà de 65 ans.

Diminuer le risque d’hospitalisation, c’est exactement le but recherché. En attendant l’impact sur la transmission et donc le cours de l’épidémie.

Espoir alors que sévit désormais en France le variant anglais.

Espoir également parce les premiers effets de la vaccination pourraient commencer à se faire sentir.

On constate en effet une légère diminution des situations préoccupantes en EHPAD, là où on a significativement vacciné.

Et le profil des personnes hospitalisées ou admises en réanimation semble évoluer vers une population proportionnellement plus jeune.

Est-ce parce que le nombre des personnes les plus âgées protégées des formes graves par la vaccination commence à être significatif ?

Ou est-ce parce que les variants toucheraient plus sévèrement les jeunes ?

L’évolution des prochains jours nous le dira.

La vaccination des plus de 75 ans est bien avancée, et celle des personnes de moins de 65 ans a commencé. Mais la population des 65 ans à 75 ans se sent oubliée.

Jusqu’à ce jour, les recommandations scientifiques ne permettaient pas encore de leur proposer l’AstraZeneca.

Et les vaccins Pfizer et Moderna, encore en quantité limitée sont alloués en priorité aux plus âgés.

Mais ce ‘trou dans la raquette’ est désormais comblé puisque, tenant compte des toutes dernières données publiées, les indications du vaccin AstraZeneca viennent d’être élargies aux personnes de 65 à 75 ans atteintes de comorbidité et à toutes les personnes de plus de 75 ans.

En effet, c’est la capacité limitée de production des vaccins, tous récents, qui freine la vaccination mais es volumes produits et le nombre de vaccins mis sur le marché va augmenter significativement dans quelques semaines.

Il est une certitude, il y en aura pour tous. Et personne ne sera oublié.

Dès le mois d’avril, peut-être même avant, la tendance va s’inverser et la nature des problèmes à résoudre va changer.

Il ne s’agira plus de contrôler que les rendez-vous proposés n’excèdent pas les doses disponibles. Mais de s’assurer qu’on est en capacité d’organiser suffisamment de rendez-vous pour la quantité très importante de vaccins qui seront disponibles demain.

Alors que jusqu’à Noël, chacun y allait de son conseil pour vaincre le scepticisme vaccinal, alors que beaucoup considéraient qu’il était plus important de convaincre en y allant progressivement plutôt que de forcer la vaccination au risque de la freiner.

La situation s’est soudain et très heureusement inversée.

Aujourd’hui tout le monde piaffe pour obtenir un rendez-vous de vaccination. Et beaucoup ne comprennent pas que la vaccination n’aille pas plus vite.

Le principal frein est dans la production de ces nouveaux vaccins et dans leur mise à disposition pays par pays.

Freins liés d’une part à la montée en charge encore inachevée de la production mondiale, d’autre part à des choix prudents de ne pas tout miser sur un seul vaccin, Enfin à une répartition des doses entre les pays européens qui évite une concurrence délétère entre pays mais ne permet pas de changer unilatéralement de braquet au détriment des autres.

L’enjeu majeur à ce jour est garantir une dose de vaccin en face de chaque rendez-vous.

Une logistique très complexe compte tenu de la nature même des vaccins.

Ainsi, le vaccin Pfizer, efficace pour la protection des personnes âgées de plus de 75 ans, demande une conservation à -80° et des conditions de transports spécifiques en raison de sa fragilité.

Une logistique d’autant plus complexe qu’il faut sécuriser deux rendez-vous dans un intervalle de temps très précis mais évolutif en fonction de l’expérience et des connaissances acquises dans son utilisation. 21 jours initialement, 28 aujourd’hui, peut-être plus long demain ! nécessitant peut-être Demain une troisième dose si les variants l’imposent …

Une logistique dont la modélisation doit être continuellement réajustée au fil des aléas imprévisibles de production ou d’approvisionnement international ou des évolutions des modalités d’emploi ou de conservation du vaccin.

Comme la possibilité de tirer une 6ème dose d’un flacon, … mais à condition d’utiliser des aiguilles bien particulières … dont il faut alors sécuriser l’approvisionnement, qui doit être coordonné avec celui des doses de vaccins !!

Ou encore l’allongement possible de 21 à 28 jours de l’intervalle entre première et deuxième injection.

Une évolution intéressante pour initier plus rapidement un plus grand nombre de vaccinations … mais qui nécessite de paramétrer à nouveau tout le système de prise de rendez-vous … d’en informer tous les intervenants de la chaine logistique … de vérifier que l’augmentation des approvisionnements sera bien corrélée à l’augmentation du nombre des primo-vaccinés qui devront recevoir à temps leur deuxième dose … et que la sécurisation des approvisionnements de cette deuxième dose ne va pas mettre soudain en panne la noria des primovaccinations !!!

Ou encore le changement de la température adéquate de conservation qui peut conduire à revoir complètement l’organisation de la chaine logistique et en conséquences les conditions de vaccination.

Ou bien encore la décision qui vient d’être prise d’élargir les indications du vaccin AstraZeneca au-delà de 65 ans.

L’enthousiasme et la demande suscitée par la vaccination a généré de multiples initiatives d’élus et de professionnels de santé pour démultiplier les sites et rendez-vous de vaccination. Cette mobilisation est une excellente nouvelle.

Mais les promoteurs de ces initiatives ont souvent considéré que l’intendance suivrait.

On vient de le voir, ce n’est pas si simple.

Cela a parfois mis en difficulté l’organisation de la logistique des vaccins et l’adéquation des prises de rendez vous

Et l’élargissement des indications et la disponibilité accrue da vaccins viendra encore bousculer l’organisation présente de la vaccination, nécessitant de nouvelles adaptations dans l’organisation.

C’est à ce prix que nous atteindrons la couverture vaccinale qui nous permettra de reprendre souffle dans cette course contre le virus.

Dans quelques semaines, à partir d’avril, peut-être même avant, la situation va s’inverser.

La quantité et la nature des vaccins disponibles va s’accroitre de façon importante.

Les approvisionnements pourraient en quelques jours être multipliés par 5 ou 6.

Un changement considérable

L’enjeu sera alors de garantir un rendez-vous en face de chaque dose de vaccin. Dont le nombre va donc s’accroitre considérablement.

Qui dit ‘rendez-vous’, dit ‘sites de vaccination’ et ‘vaccinateurs’.

Le défi sera celui de la démultiplication des sites, de leur armement avec suffisamment de vaccinateurs, et de l’adaptation en conséquences des modalités d’organisation de la vaccination.

Le goulet d’étranglement pourrait être celui de la disponibilité de vaccinateurs.

Le défi sera celui du passage à une logique et à une logistique de vaccination de masse.

Nous l’anticipons déjà.