"C’est de la vigilance et de la somme des petites actions de chacun [...] que dépendra notre capacité à déjouer les pronostics sombres"

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Analyse de l’évolution de l’épidémie par le Dr Pierre Blaise, Directeur scientifique à l'ARS Pays de la Loire, lors de la conférence de presse du 25 mars 2021.

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Nous vivons une accélération très importante et dangereuse en raison de l’apparition du virus variant.

C’est de la somme des décisions et actes citoyens de prévention de chacun que dépendra la maîtrise de cette vague puissante.

Les données sont claires : l’épidémie a été contenue durant la période des fêtes grâce à la vigilance et aux décisions de chacun.

Puis durant la première quinzaine de février la baisse des nouvelles contaminations était prometteuse. Témoignant de la capacité individuelle et collective à éviter de nombreuses contaminations, réduisant les risques.

Mais hélas, le variant s’est invité sur notre territoire.

Et comme on le craignait, il a pris progressivement la place du virus historique, puisqu’il représente aujourd’hui dans la région entre 70 et 80% des contaminations.

Le taux de reproduction, le fameux R effectif a pris 0,4 points de croissance.

Comme en Angleterre.

De 10 personnes en contaminant moins de 8, on est passé à 10 personnes en contaminant près de 12.

La conséquence est une croissance inéluctable et rapide de l’épidémie.

Si rien ne change.

Si nous ne changeons rien.

Or la situation nationale n’est pas celle de novembre ni celle de mars.

Entre épuisement compréhensible de la population et tensions extrême dans l’ensemble du pays dans les services d’hospitalisation et de réanimation, réduisant d’autant nos réserves d’action.

Il faut bien avoir en mémoire que nous avons été protégé par deux fois par des décisions de confinement nationales précoces au regard de nos chiffres de contamination. Ce ne sera plus le cas.

Il faut absolument, volontairement individuellement et collectivement réduire les opportunités de contamination.

Or elles se produisent principalement dans la sphère privée où les mesures contraignantes prises par la puissance publique ont peu d’impact, sauf à réduire considérablement les possibilités de circulation des personnes.

Le virus, et le variant encore plus, saisit la moindre opportunité de mélange entre différents groupes de personnes, familles, amis pour passer d’un groupe à l’autre, diffusant à grande vitesse, additionnant et multipliant les petites contaminations, l’addition des petits ruisseaux faisant les grandes rivières.

Risque accru à l’intérieur, bien sûr.

C’est le milieu le plus à risque. Ou les contaminations sont difficilement évitable dans la stricte sphère familiale. Mais évitable en renonçant à des regroupements au-delà du cercle intime.

Mais risque également à l’extérieur.

Chaque fois que l’on baisse le masque pour boire un verre à plusieurs ou manger un morceau.

Parce qu’alors, inévitablement on parle, on discute… et on se rapproche.

On en a tant besoin en ce moment.

Très clairement, c’est de la vigilance et de la somme des petites actions de chacun, à chaque instant que dépendra notre capacité à déjouer les pronostics sombres.

Des actions de colibris.

Pour quelques semaines encore.

En attendant, chacun l’aura compris, l’impact de la vaccination.

Dr Pierre Blaise, ARS Pays de la Loire