Pays de la Loire

4 questions au Dr Thierry Le Guen, responsable de la cellule de veille et d’alerte de l’Agence Régionale de Santé des Pays de la Loire

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Date de publication
Le 11 mai a débuté la levée progressive des mesures de confinement. Depuis, une phase active de protection des populations s’amorce : en identifiant les personnes infectées par le COVID, l’objectif est d’interrompre les chaînes de contamination pour limiter sa propagation et protéger les plus fragiles. A ce titre, l’engagement de chaque personne est essentiel pour contrôler l’épidémie.
Corps de texte

Rencontre avec le Dr Thierry Le Guen, qui gère en Pays de la Loire la cellule chargée de protéger la population. 

« Nos objectifs : protéger chaque ligérien et interrompre les chaînes de contamination »

  • Pourquoi dépister?

Le virus du COVID est très contagieux, beaucoup plus que la grippe. La période de confinement a permis de limiter sa circulation dans la population. Avec le dé confinement, il va recommencer à se transmettre à de nouvelles personnes.

Il est donc essentiel d’identifier très tôt ces nouvelles chaines de transmission afin de protéger et de soigner la population. Pour cela, un test PCR (diagnostique par prélèvement naso-pharyngé) va permettre de décider ce que l’on pourra proposer. Bien entendu, comme on peut être contaminé à tout moment et que l’on ne peut pas dépister tout le monde, tout le temps, on ne va pas dépister toute la population.

Il est bien plus intéressant, pour limiter la contagiosité, de dépister les personnes lorsqu’elles présentent des symptômes de covid-19 ou qu’elles auront eu un contact rapproché et prolongé avec une personne testée positive.

J’invite donc toutes les personnes qui présentent des signes cliniques évocateurs du covid-19 * à prendre contact avec leur médecin traitant (une téléconsultation est possible) pour bénéficier de la prescription d’un test. Pour être protégé, un suivi individuel sera mis en place par l’Agence Régionale de Santé afin de surveiller l’évolution de leur état de santé. Pour protéger leurs proches dans l’attente du résultat, il leur sera proposé de s’isoler afin d’éviter toute nouvelle contamination. Sans obligation bien sûr, une aide concrète, si besoin, pourra être proposée sous la forme d’un hébergement en dehors du domicile si c’est plus pratique ou d’une aide logistique (courses, etc.) si l’on est seul, voire d’un accompagnement social.

Un tel suivi rapproché était déjà mis en œuvre par l’ARS fin février sur notre territoire lorsque des premiers patients COVID ont été déclarés et avant le confinement du 17 mars. Plus de 2000 cas contacts avaient été retrouvés par mes équipes, permettant de limiter la propagation du virus, ce qui nous a mis dans une position favorable pour que le confinement produise ses effets.

Identifier et tester la population sont ainsi des enjeux essentiels pour la réussite du dé confinement. Car en interrompant le plus vite possible la chaîne de transmission du virus entre les personnes, c’est autant de vies sauvées. Une étude de l’EHESP* a d’ailleurs évalué à 7000 le nombre de vies sauvées grâce au confinement dans les Pays de la Loire.

En bénéficiant d’un test et en protégeant ses proches grâce à l’isolement accepté, chacun deviendra à son tour un « héros » en évitant la propagation du virus et contribuera à épargner la seconde vague que tout le monde craint.

  • Comment les tests sont organisés?

Toutes les personnes qui présentent des symptômes de cette pathologie (perte de goût et/ou fièvre et/ou fatigue et/ou gêne respiratoire et/ou courbatures et douleurs et/ou troubles digestifs…cf zoom) peuvent bénéficier d’un test. Les personnes en contact rapproché avec un malade au sein du foyer familial sont testées rapidement. Les personnes contact  en dehors du foyer familial, sont testées idéalement 7 jours après le dernier contact si elles ne sont pas symptomatiques. Les tests seront réalisés par le personnel des laboratoires biologiques privés et publics. Soit dans une salle dédiée soit en « drive » sur des parkings comme cela existe dans plusieurs départements. Des infirmières peuvent aussi réaliser des tests dans d’autres lieux, comme des EHPAD ou des centres covid (en particulier en Mayenne et en Sarthe). Le prélèvement dure quelque seconde.

  • Où faire ce test?

Avec la prescription de votre médecin, vous pourrez vous rendre sur un lieu de prélèvement. Une carte recensant l’ensemble de ces lieux est désormais disponible sur le site Santé.fr afin d’identifier le centre de son choix (124 centres sur toute la Région).

Cette carte présente notamment les coordonnées du centre, la possibilité d’une prise de rendez-vous préalable et les horaires des différents lieux de prélèvement. Tout comme pour une prise de sang habituelle, vous vous rendez dans le laboratoire de votre choix avec votre prescription.

Les lieux spécialisés dans la prise en charge de certains publics (professionnels de santé, personnes à facteur de risques, personnes souffrant de comorbidité, personnes âgées, bébés ou jeunes enfants...) feront l’objet d’une information et d’un signalement spécifique par les médecins permettant d’adapter la prise en charge. A titre d’exemple, pour les jeunes enfants, l’utilisation d’un écouvillon adapté à la morphologie de l’enfant sera proposé.

  • Que se passe-t-il quand je découvre que je suis positif ?

Vous êtes pris en charge par votre médecin traitant. Il évaluera l’éventuel gravité de votre état de santé. Il vérifiera que vous ne présentez pas de risque de complication. Il examinera avec vous les personnes de votre entourage que vous pourriez contaminer. Plus tôt, vous vous manifesterez, plus il y a de chance d’éviter la contamination de vos proches. Si les contacts potentiels vont au-delà de la sphère familiale, le médecin sollicitera l’aide de la plateforme téléphonique mise en place par l’Assurance Maladie pour prévenir les contacts à risque que vous avez pu côtoyer (Cf encart en savoir plus).

L’Agence Régionale de Santé coordonne l’ensemble de ces dispositifs (niveau 1 : Mt, niveau 2 : assurance maladie et 3 (situations complexes et foyers épidémiques) afin de s’assurer de son bon fonctionnement et d’intervenir très vite si des chaines de transmission complexes étaient en jeu. Elle dispose en effet d’experts spécialisés dans les enquêtes épidémiologiques de terrain. Elle surveille de cette façon depuis de nombreuses années de multiples épidémies, telle que la rougeole, la méningite... Bien entendu, tous les professionnels susceptibles d’avoir connaissance de votre état de santé sont soumis à un strict secret médical et professionnel. Une fois mises en œuvre les décisions qui concernent votre santé, les données utiles à la gestion de l’épidémie sont anonymisées.

En savoir plus !

Qu’est-ce qu’une personne contact dit à risque ? Une personne qui :

  • A partagé le même lieu de vie que le cas confirmé ou probable.
  • A eu un contact direct avec un cas, en face à face, à moins d’1 mètre, quelle que soit la durée. En revanche, des personnes croisées dans l’espace public de manière fugace ne sont pas considérées comme des personnes contacts à risque.
  • A prodigué ou reçu des actes d’hygiène ou de soins.
  • A partagé un espace confiné (bureau, salle de réunion, véhicule personnel…) pendant au moins 15 minutes avec un cas, ou étant resté en face à face avec un cas durant plusieurs épisodes de toux ou d’éternuement.
  • Elève ou enseignant de la même classe scolaire.

Zoom sur les signes évocateurs du Covid-19

Le Haut Conseil de la Santé Publique recommande de considérer, qu’en dehors des signes infectieux (fièvre, frissons) et des signes classiques des infections respiratoires, les manifestations cliniques suivantes, de survenue brutale, constituent des éléments d’orientation diagnostique du Covid-19 dans le contexte épidémique actuel :

  • En population générale : asthénie inexpliquée (fatigue physique) ; myalgies inexpliquées (douleurs musculaires); céphalées (maux de tête) en dehors d’une pathologie migraineuse connue ; anosmie ou hyposmie sans rhinite associée (trouble de l’odorat); agueusie ou dysgueusie (perte ou altération du goût);
  • Chez les personnes de plus de 80 ans : altération de l’état général ; chutes répétées ; apparition ou aggravation de troubles cognitifs ; syndrome confusionnel ; diarrhée ; décompensation d’une pathologie antérieure ;
  • Chez les enfants : tous les signes suscités en population générale ; altération de l’état général ; diarrhée ; fièvre isolée chez l’enfant de moins de 3 mois ;
  • En situation d’urgence ou de réanimation : troubles du rythme cardiaque récents, atteintes myocardiques aigües (trouble cardiaque) ; évènement thromboembolique grave (embolie pulmonaire). Les pseudo-engelures ne peuvent pas à ce stade être considérées comme un signe diagnostique du Covid-19.